Commentaires dans le cadre de l’audience sur la diversité des voix (avis d’audience publique de radiodiffusion CRTC 2007-5).

17 septembre 2007

SEUL LE TEXTE PRONONCÉ FAIT FOI

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Conseillers,

Au nom de CBC/Radio-Canada, c’est avec plaisir que nous nous présentons ici ce matin pour discuter de notre mémoire avec vous.

Je suis Sylvain Lafrance, vice-président principal des Services français. À ma gauche se trouve Jane Chalmers, vice-présidente de CBC Radio et, à ma droite, Richard Stursberg, vice-président principal de CBC Television. À la droite de M. Stursberg, Bev Kirshenblatt, première directrice, Affaires réglementaires.

Dans le cadre de cette instance, le Conseil examine l’un des objectifs fondamentaux de la réglementation sur la radiodiffusion au Canada, soit la promotion d’un système de radiodiffusion qui reflète la composition démographique du pays et qui garantit que les auditoires ont accès à une diversité de voix.

Comme nous l’avons expliqué dans notre mémoire, nous pensons que, dans le cadre de cet examen, le Conseil devrait porter une attention particulière à la contribution du radiodiffuseur public national au maintien de la diversité des voix, et, par conséquent, à la santé du système de radiodiffusion. L’étude que nous avons faite de la situation dans d’autres pays ainsi que les études de portée internationale effectuées par d’autres parties dans le cadre de cette instance confirment la reconnaissance du rôle important du radiodiffuseur public national en cette matière.

La présence d’un radiodiffuseur public solide dans le système de radiodiffusion d’un pays constitue un contrepoids important à la concentration des médias et permet de s’assurer que la diversité des voix est bel et bien présente.

Aujourd’hui, nous aimerions discuter plus en détail de ce concept avec vous et vous donner des exemples concrets de la manière dont CBC/Radio-Canada contribue à promouvoir la diversité des voix sur diverses plateformes, enrichissant ainsi la vie démocratique et culturelle des Canadiens.

Avant de passer le microphone à Jane Chalmers, j’aimerais mentionner deux points importants en lien avec ce dossier. Premier élément, le caractère singulier du marché québécois qui, de par sa petite taille, son environnement médiatique hautement concentré, sa proximité avec les vastes marchés anglophones qui l’entourent, constitue un défi pour le maintien d’une saine diversité des voix.

Vous savez déjà que l’intégration verticale entre les entreprises de distribution de radiodiffusion (EDR) et les télédiffuseurs est très présente au Québec. Québecor contrôle Vidéotron, TVA et LCN. Cogeco contrôle TQS.

On sait aussi que le niveau de concentration des médias est particulièrement élevé sur le marché québécois. Il n’est pas surprenant que le rapport de Nordicité conclut que, si on applique le système australien de calcul de concentration des médias, le marché métropolitain de Montréal est déjà bien en dessous du seuil acceptable.

On note cependant que cette méthode australienne de calcul n’inclut que les groupes de médias privés commerciaux. Elle ne tient donc pas compte de CBC/Radio-Canada, qui joue un rôle absolument essentiel pour maintenir une diversité des voix dans un contexte où les médias au Canada, tout comme ceux de plusieurs autres pays, se concentrent de plus en plus.

Dans ce contexte, les avantages qu’apporte la radiodiffusion publique au système sont doublement importants. J’espère avoir le plaisir de discuter plus avant de ce point avec vous pendant la période de questions.

Le second élément est un point essentiel défini par le Conseil dans son avis public : le critère de l’accès raisonnable au système pour les entreprises canadiennes de programmation afin de promouvoir un système de radiodiffusion diversifié et sain. Le défi que constitue la promotion de l’accès au système de la programmation canadienne n’a jamais été aussi grand, surtout dans le cas de la télévision.

En effet, la tâche du Conseil est colossale, étant donné :

  • la quantité et la variété grandissantes de contenu étranger que l’on peut trouver sur Internet et sur les plateformes multimédias;
  • la domination croissante de la programmation étrangère à la télévision canadienne anglaise;
  • le contrôle accru du contenu des Nouveaux Médias par les EDR et par les entreprises de télécommunications qui distribuent ce contenu;
  • les contraintes incessantes, liées à la petitesse du marché, auxquelles est soumise la programmation canadienne de langue française.

Nous discuterons avec vous plus en détail de certains de ces points dans le contexte de prochaines instances. Toutefois, nous souhaiterions souligner aujourd’hui au Conseil qu’il ne doit pas envisager la diversité des voix dans le seul contexte des genres de programmation ou des choix éditoriaux et de propriété, mais aussi dans la perspective plus large d’assurer un accès raisonnable au système pour la programmation canadienne.

[Jane Chalmers]

Merci, Sylvain.

Comme nous l’avons indiqué dans notre mémoire, l’UNESCO et le Conseil de l’Europe, dans leur évaluation de la diversité et du rôle des services de radiodiffusion publique, ont défini quatre atouts qui caractérisent la radiodiffusion publique :

Ces quatre atouts sont :

  1. l’universalité de l’accès pour chaque citoyen dans le pays;
  2. l’indépendance par rapport à toute influence commerciale ou politique;
  3. la diversité dans les types d’émissions, dans les auditoires ciblés et dans les sujets;
  4. le caractère distinctif par rapport à d’autres services de radiodiffusion.

Tout d’abord, l’universalité de l’accès aux services de radiodiffusion publique est une condition préalable essentielle à l’existence de la diversité des voix dans tout système de radiodiffusion. CBC/Radio-Canada a mis sur pied un accès quasi universel à ses services analogiques. En effet, nos services analogiques de Radio et de Télévision hertziennes sont accessibles à 99 pour cent des Canadiens. Dans le monde du numérique, le défi est encore plus grand, puisque les Canadiens consomment du contenu médiatique sur une variété de plateformes, soumises ou non à la réglementation. Nous continuons de faire en sorte d’assurer une place pour nos services sur les plateformes médias traditionnelles en étendant la distribution hertzienne et en garantissant l’accès à la distribution par satellite et par câble. De même, nous élargissons notre portée sur les plateformes émergentes comme Internet, la télévision mobile, la baladodiffusion, et nous explorons maintenant le potentiel de la radiodiffusion multimédia numérique. Nous devons joindre chaque citoyen au Canada du mieux que nous pouvons, et nous devons le faire sur chaque plateforme possible.

La deuxième caractéristique de la radiodiffusion publique est son indépendance par rapport à toute influence commerciale ou politique. La capacité de CBC/Radio-Canada de proposer une perspective distincte et unique dans le système canadien de radiodiffusion est ancrée dans son indépendance. À la Radio, nous offrons un service sans publicité. Aucun autre radiodiffuseur canadien n’est en mesure de le faire.

À la télévision, même si nous livrons concurrence pour les revenus publicitaires, nous isolons le secteur des nouvelles et des actualités des pressions du marché publicitaire. Nous mettons aussi en application les normes les plus élevées en matière d’exactitude journalistique et de responsabilisation dans tous nos services.

Nos crédits parlementaires constituent la base de financement de nos services et nous donnent une liberté de fournir des services qui sont uniques dans le système et d’offrir des émissions que l’on ne peut tout simplement pas trouver dans le secteur privé.

Je passe la parole à Richard Stursberg.

[Richard Stursberg]

Merci.

La troisième caractéristique de la radiodiffusion publique est la diversité de sa programmation. CBC/Radio-Canada offre une programmation diversifiée dans ses services réseau, combinée à des services de créneau.

Ainsi, au sein de nos services réseau, nous offrons une palette de genres de programmation – comédies, dramatiques, sports, variétés, arts de la scène, nouvelles, actualités et documentaires – avec laquelle aucun autre radiodiffuseur conventionnel ne peut rivaliser. Il y en a littéralement pour tous les goûts dans nos grilles. Nos services de créneau mettent en valeur nos forces en tant que radiodiffuseur public et nous permettent de mieux remplir notre mandat – arts de la scène sur ARTV, musique canadienne sur CBC Radio 2, nouvelles sur CBC Newsworld et le RDI, et documentaires à The Documentary Channel.

Quant à la quatrième caractéristique d’un radiodiffuseur public – le caractère distinctif par rapport aux autres services de radiodiffusion – les obligations de CBC/Radio-Canada en matière de service public sont, comme il se doit, plus importantes que celles des autres diffuseurs, et c’est ce qui rend sa contribution à la diversité des voix d’autant plus vitale.

Les grilles de pointe de CBC Radio et de la Radio de Radio-Canada comprennent des émissions canadiennes distinctives. À CBC Television et à la Télévision de Radio-Canada, les grilles sont tout aussi distinctives, et les émissions canadiennes représentent 80 pour cent et 88 pour cent respectivement de la programmation aux heures de grande écoute. Pour maintenir un tel niveau de contenu, CBC/Radio-Canada consacre 95 pour cent de son budget de programmation à la programmation canadienne.

CBC/Radio-Canada se démarque résolument dans le système canadien de radiodiffusion par son caractère canadien distinctif. Par exemple, nous exploitons 13 bureaux internationaux dans le monde entier, alors que CTV n’en a que deux à ma connaissance, Global aucun et TVA un seul à Washington. Sans nous, les Canadiens n’auraient tout simplement pas accès à une perspective canadienne originale sur les événements internationaux.

Nous offrons plus d’actualités, de documentaires, de nouvelles internationales et de dramatiques canadiennes que tout autre acteur du système et nous le faisons lorsque les Canadiens sont à l’écoute – en plein créneau de grande écoute. Pour des raisons économiques et commerciales, les autres radiodiffuseurs ne peuvent en faire de même. Étant donné la substitution simultanée, CTV et Global ne sont tout simplement pas en mesure de programmer constamment des émissions canadiennes aux heures de pointe. Nous, nous le pouvons.

CBC/Radio-Canada offre tout un éventail de programmation canadienne, dans tout le pays, y compris dans le Nord et au sein des collectivités francophones qui vivent hors du Québec. Personne d’autre ne fait cela.

En conclusion, nous pensons qu’en tant que radiodiffuseur public national du Canada, CBC/Radio-Canada est un contrepoids essentiel aux effets de la consolidation et de la concentration de la propriété au sein du secteur privé de la radiodiffusion.

Nous croyons aussi que la force et la vitalité de la radiodiffusion publique devraient continuer d’être une priorité du Conseil et que celui-ci devrait considérer CBC/Radio-Canada comme l’une des principales assises sur lesquelles s’appuyer pour encourager la diversité des voix dans le système.

Merci. Nous répondrons à vos questions avec plaisir.

Outil de soulignement de texte