(Seul le texte prononcé fait foi.)
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les membres du Comité.
Merci de nous donner cette nouvelle occasion de discuter avec vous du mandat de CBC/Radio-Canada.
Je suis accompagné aujourd’hui de Sylvain Lafrance, vice-président principal des Services français, et de Richard Stursberg, vice-président principal des Services anglais.
Au cours des neuf derniers mois, nous avons suivi vos délibérations sur notre mandat. Nous sommes vivement intéressés à connaître les divers points de vue qui vous ont été présentés, et le fruit de votre réflexion sur les attentes des Canadiens à l’égard de leur radiodiffuseur public national.
Lorsque nous sommes venus vous rencontrer en mars dernier, nous avons mis en relief quelques-uns de nos récents succès, au chapitre de la programmation et de la productivité. Nous avons également évoqué les bouleversements qui secouent le secteur entier de la radiodiffusion, et affirmé qu’une nouvelle approche s’impose – un examen systématique au moment opportun qui se solderait par un contrat entre le radiodiffuseur public national et les citoyens qu’il sert.
Cette réorientation est capitale pour que CBC/Radio-Canada puisse continuer de satisfaire les besoins des Canadiens. Les radiodiffuseurs publics d’autres pays se sont déjà engagés dans cette voie. À la suite d’un examen de leur mandat – qui comprenait une vaste consultation publique –, les radiodiffuseurs publics de l’Irlande, de Hong Kong, de l’Afrique du Sud et, bien sûr, la BBC en Grande-Bretagne, ont conclu des ententes semblables. Je vous invite fermement à les interroger sur leur expérience.
Il est important de souligner que le contrat que nous proposons doit continuer de protéger l’indépendance inscrite actuellement dans la Loi sur la radiodiffusion. La microgestion de la programmation – incluant des exigences particulières quant aux lieux de production et aux producteurs – engendrerait un cauchemar bureaucratique qui étoufferait la créativité et la flexibilité, et qui détruirait les assises mêmes de la radiodiffusion publique. Un contrat, une fois un consensus établi sur les attentes face au radiodiffuseur, rendrait le radiodiffuseur public responsable de prendre les décisions nécessaires pour satisfaire à ces exigences.
En ce qui concerne CBC/Radio-Canada, un nouveau contrat, qui serait révisé à des intervalles réguliers déterminés, préciserait ce à quoi les Canadiens pourraient s’attendre de leur radiodiffuseur public national en contrepartie de la volonté clairement exprimée par le gouvernement d’accorder en permanence à la Société le financement stable dont elle a besoin.
Ce contrat devrait s’inscrire dans un processus pérenne d’examen de notre mandat à intervalles réguliers, opportuns et prévisibles. D’autres personnes sont également venues vous faire part de leur soutien énergique à cette proposition. J’espère que vous la cautionnerez dans votre rapport.
Je ne saurais trop insister sur l’importance, selon moi, de profiter de l’occasion qui se présente à vous pour recommander cette nouvelle approche. L’actuelle Loi sur la radiodiffusion date de plus de 15 ans. Le secteur de la radiodiffusion a connu d’incessantes transformations pendant toutes ces années, y compris depuis notre présence ici le printemps dernier. Il est mis à mal par la concentration de la propriété et par l’évolution des habitudes d’écoute télévisuelles, lesquelles donnent une nouvelle couleur au mot « radiodiffusion ». Évidemment, les Canadiens regardent toujours la télévision et écoutent encore la radio, mais ils regardent plus que jamais leurs émissions préférées sur leurs ordinateurs portatifs, leurs terminaux mobiles de poche, leurs téléphones cellulaires et leurs baladeurs à disque dur. Voilà pourquoi nous aussi avons bien changé depuis 15 ans. Nous ne pouvons plus nous percevoir comme un télédiffuseur, un radiodiffuseur ou une entreprise Internet.
À vrai dire, nous sommes devenus une entreprise de contenus. Nous devons faire des émissions qui, dès leur conception, sont destinées à être diffusées sur toutes les plateformes. D’ailleurs, nous le faisons déjà. Cette orientation est maintenant profondément ancrée dans tous nos services.
Bref, nous sommes des programmateurs. Notre première responsabilité est de faire en sorte que les Canadiens aient accès à un contenu distinctif, créé par eux, pour eux, et à leur image, au moment qui leur convient et sur la plateforme de leur choix. Dans un tel contexte, il est impératif d’élargir notre offre de services.
LE CONTENU RÈGNE EN MAÎTRE
Notre mission consiste à offrir aux Canadiens des services qui leur en donnent pour leur argent.
Des émissions qui enrichissent la vie démocratique et culturelle de la population.
Des émissions qui sont le reflet de l’incroyable diversité de ce pays et qui renforcent la cohésion de ses habitants, en insistant sur leurs points communs.
Par ailleurs, notre programmation devrait également atteindre des objectifs de politique publique. J’entends par cela que nous devons proposer un éventail d’émissions distinctives, intelligentes, divertissantes et innovatrices.
Ces dernières années, nous avons reconnu l’atout unique que représente notre programmation canadienne distinctive dans un marché engorgé. Nous sommes revenus à nos racines pour élaborer ensuite un contenu canadien exceptionnel qui forme la trame de nos dramatiques, de nos émissions de divertissement ou encore de nos émissions pour enfants. Vous avez certainement entendu parler du succès remporté par des émissions comme Little Mosque on the Prairie. Cette émission attire près de un million de téléspectateurs chaque semaine au Canada, sans compter ceux des 57 autres pays dans le monde où elle est diffusée, incluant Gaza et Israël. Ou comme Les Bougon – une émission qui, par son audace, a fait peur aux radiodiffuseurs privés, mais qui a séduit en moyenne 1,2 million de personnes chaque semaine à la Télévision de Radio-Canada. Et n’oublions pas Afghanada, une série exceptionnelle présentée sur CBC Radio, qui a su captiver un auditoire fidèle dans tout le pays.
Quand on compare nos réalisations et nos ressources, on voit bien que notre programmation en donne vraiment aux contribuables pour leur argent.
À l’évidence, tout attrayantes qu’elles soient, nos émissions doivent aussi trouver leur public. La taille de l’auditoire n’est pas l’unique facteur de réussite, mais il reste qu’un radiodiffuseur public doit avoir un public. Si notre auditoire à la Télévision ou à la Radio est trop restreint, nous n’avons aucune raison d’être. J’aimerais, Monsieur le Président, attirer votre attention sur la diversité de la programmation de radiodiffuseurs publics comme la BBC. Ces chaînes présentent des émissions de masse parallèlement à des émissions savantes. Si nous n’avons aucune raison d’être, pourquoi les Canadiens devraient-ils continuer d’investir dans la radiodiffusion publique?
La taille de l’auditoire se répercute aussi sur nos revenus publicitaires, qui constituent maintenant environ la moitié de nos budgets pour la Télévision. Le rétrécissement de nos auditoires entraîne une diminution de nos revenus, ainsi que des ressources nécessaires à la production d’émissions canadiennes. À l’inverse, l’augmentation de nos auditoires fait monter nos revenus. Si cela se produit, nous ne dégageons pas de bénéfices, mais nous disposons de plus de ressources que nous pouvons alors réinvestir dans le développement d’émissions encore mieux adaptées aux Canadiens.
L’important, c’est d’offrir des émissions de genres variés, à la fois populaires et enrichissantes. N’oublions pas que ce qui est populaire peut aussi être enrichissant, comme en témoignentLittle Mosque ou Les Bougon. Ces deux émissions véhiculent des messages sociaux pertinents sous le couvert de l’humour.
AMENER NOTRE CONTENU AUX CANADIENS
L’accès à notre programmation est un facteur capital. Nous devons être attentifs à l’évolution des moyens de diffusion du contenu. C’est ainsi que nous avons recours à des technologies novatrices pour rejoindre de nouveaux auditoires. Nous sommes aujourd’hui l’un des principaux fournisseurs de nouvelles et d’autres contenus sur des appareils sans fil. L’ensemble du continent nord-américain peut capter nos émissions au moyen de la radio par satellite. Une nouvelle génération de jeunes Canadiens préfère nos services de baladodiffusion et télécharge plus de un million de fichiers par mois. Nous avons fait la preuve qu’une programmation intelligente peut conquérir un auditoire plus jeune. D’autres personnes ont déjà fait valoir au Comité qu’il est indispensable que CBC/Radio-Canada soit présente en force dans les Nouveaux Médias et sur les plateformes émergentes.
Nous exploitons mieux nos points forts. Et nous restructurons notre organisation en conséquence. Bon nombre de nos journalistes font maintenant des reportages en français et en anglais, à la Radio, à la Télévision et sur Internet. Cette façon de procéder nous permet d’affecter plus de ressources à la présentation d’un plus large éventail d’histoires.
Nous devons encore faire plus.
Nous voulons rejoindre les huit millions de francophones et d’anglophones au Canada qui contribuent au financement des services de CBC/Radio-Canada sans pour autant recevoir le service local de la Radio de CBC/Radio-Canada. Le gouvernement nous a demandé de lui soumettre un plan de services de Radio publique locaux (des nouvelles locales, des sujets d’intérêt local) à 15 des collectivités qui enregistrent la croissance la plus rapide dans l’ensemble du pays, mais qui sont privées, aujourd’hui, de services de radiodiffusion publique locaux. Nous lui avons remis un plan chiffré – 25 millions de dollars pour les dépenses en immobilisations et 25 millions de dollars par an pour les frais d’exploitation –, parce que nous n’avons simplement pas les moyens financiers d’aller de l’avant sans réduire nos services ailleurs. Nous avons déposé ce plan auprès du Comité en mai 2007. J’espère que vous y souscrirez.
Par une présence accrue sur les ondes locales de la Radio, nous offrirons de meilleurs services aux Canadiens sur une plateforme. Pour maintenir notre pertinence aux yeux des Canadiens, nous devons proposer notre contenu sur toutes les plateformes, des chaînes de Télévision généralistes aux chaînes spécialisées qui s’adressent à des auditoires particuliers.
Les habitudes d’écoute télévisuelle ont radicalement changé au cours des dernières années. La télévision généraliste conserve une place importante dans le paysage télévisuel, mais la télévision spécialisée attire de plus en plus de Canadiens, francophones comme anglophones. Cette saison, 54 pour cent des Canadiens anglophones regardent (toute la journée) des chaînes spécialisées, contre 38 pour cent chez les francophones. La plupart d’entre eux souhaitent regarder un genre d’émission particulier – sport, nouvelles, culture savante, émissions pour enfants, etc. À l’évidence, le radiodiffuseur public doit accéder aux désirs des téléspectateurs canadiens.
Nous restructurons notre organisation en conséquence. Dans cette optique, nous augmentons notre position dans ARTV et The Documentary Channel. Nous sommes en train de modifier la dénomination de CBC Country Canada et la combinaison des genres d’émissions qui y sont présentés afin d’en faire une chaîne spécialisée, vouée notamment à la diffusion des arts.
Nous devons poursuivre l’établissement de chaînes spécialisées, comme une chaîne pour les enfants – peut-être en partenariat avec un autre radiodiffuseur public –, une chaîne centrée sur la performance sportive d’élite et une chaîne consacrée à l’expression spécifique de la diversité du territoire, des nouvelles cultures, opinions et des régions. Nous devons envisager la radiodiffusion publique de l’avenir comme une panoplie de services parce que les Canadiens nous ont clairement signifié par leur comportement que c’est ce qu’ils recherchent.
De par notre mandat, nous devons être au service de tous les Canadiens. La radiodiffusion publique n’est pas un créneau. Le jour où elle le deviendra, elle cessera d’être pertinente aux yeux des gens qui y investissent, et elle dépérira.
Monsieur le Président, nous avons mis sur pied ces dernières années un service de radiodiffusion fort et efficace. De plus en plus de Canadiens ont montré leur préférence – et parfois, en nombre record – pour nos services de Radio et de Télévision français et anglais.
Un contrat avec les Canadiens permettra d’établir des relations encore plus fructueuses avec nos actionnaires et mettra CBC/Radio-Canada bien en selle pour poursuivre sa route : alerte, disposée à courir des risques et l’œil rivé sur son objectif principal, l’enrichissement de la vie démocratique et culturelle des citoyens de ce pays.
J’espère que vous présenterez des solutions d’avenir dans votre rapport et que vous tracerez le chemin à suivre pour façonner la radiodiffusion publique du futur. En concluant votre examen du mandat de CBC/Radio-Canada par de solides recommandations prospectives, vous nous donnerez les outils nécessaires pour concrétiser votre vision.
Sur une note plus personnelle, je me suis présenté devant le Comité à plusieurs reprises pendant mon mandat. J’ai toujours apprécié les discussions que nous y avons eues, sans parler de l’intérêt constant qu’ont manifesté les membres du Comité à l’endroit de CBC/Radio-Canada. Je sais que mon successeur, monsieur Hubert T. Lacroix, espère vous rencontrer bientôt. Je suis convaincu qu’il aura autant de plaisir à travailler avec vous que j’en ai eu.
Nous sommes à votre disposition pour répondre à vos questions.