Transparente et imputable, CBC/Radio-Canada prend la gestion des fonds publics très au sérieux

16 juin 2009

La vague de soutien populaire dont jouit CBC/Radio-Canada ne cessant d’augmenter, le président et chef de la direction de Quebecor, Pierre Karl Péladeau, a jugé bon d’intervenir dans le débat.

Je ne m’attarderai pas sur les motivations qui ont poussé M. Péladeau à écrire la lettre publiée lundi matin dernier dans Le Devoir, mais permettez-moi de remettre tout de même en question ses propos selon lesquels il veille aux intérêts de CBC/Radio-Canada. L’histoire récente jette de sérieux doutes sur la sincérité de ses déclarations de soutien envers le radiodiffuseur public.

Tout d’abord, il y a les affirmations selon lesquelles CBC/Radio-Canada tente de se soustraire à tout contrôle et à toute imputabilité en manquant de transparence.

M. Péladeau ne lit-il pas le Journal de Montréal et The Toronto Sun, ses propres journaux? Comment peut-il alors dire que nous manquons de transparence? Au cours de l’année dernière, ces quotidiens ont régulièrement imprimé de pleines pages sur les notes de frais des dirigeants de CBC/Radio-Canada, les détails de leurs salaires et de leurs primes, ainsi que de longues listes énumérant les dépenses liées aux séances de travail des membres de la direction, sans compter les doutes exprimés sur le moral des employés. Plusieurs de ces articles tentaient de dénoncer notre entreprise et ses dirigeants en les dénigrant constamment, et en créant des scandales là où il n’y en a pas.

Il est important de noter que d’autres organes de presse ont choisi de ne pas suivre M. Péladeau et ses journaux dans cette chasse aux sorcières.

Bien entendu, la chaîne Sun Media de Quebecor est pleinement en droit de nous tenir responsables. Tout comme le font bien d’autres entités. Nous acceptons d’emblée ce devoir d’imputabilité car nous sommes le radiodiffuseur public national et environ 65 % de notre financement provient de crédits parlementaires.

CBC/Radio-Canada est assujettie à de nombreuses obligations de présentation de rapports conformément à la loi, ce qui rend les allégations de manque de transparence dans la gestion des fonds publics totalement sans fondement. Un conseil d’administration indépendant étudie et approuve nos budgets. Le vérificateur général, qui procède à un examen annuel de nos écritures comptables, les a déclarées satisfaisantes. Notre rapport annuel et notre plan de gestion sont passés au crible par le ministère du Patrimoine et par la Chambre des communes. Le CRTC évalue notre travail en fonction de nos conditions de licence. Nous comparaissons régulièrement devant des comités parlementaires chargés de superviser nos activités et l’utilisation de nos crédits parlementaires. Nous divulguons volontairement les frais de déplacement et de représentation de nos dirigeants dans notre site Web et nous nous sommes dotés d’un processus interne élaboré et serré pour s’assurer que ces frais sont conformes à nos politiques avant de les approuver. Enfin, et non des moindres, nous sommes soumis à l’examen attentif du public en vertu de la  Loi sur l’accès à l’information.

Lorsque CBC/Radio-Canada a été assujettie à la Loi, en septembre 2007, nous avons été submergés de demandes, près de 500 dans les trois premiers mois et, en date d’aujourd’hui, nous avons reçu 841 demandes d’accès à l’information. Personne n’aurait pu prévoir ce volume de demandes sans précédent. Parmi les autres organisations qui sont devenues assujetties à laLoi en même temps que nous, la plus proche en termes de volume est Poste Canada qui a reçu 77 demandes dans les mêmes trois premiers mois, et un total de 314 demandes jusqu’à présent. Comme l’a révélé The Ottawa Sun, le 3 juin, la plus grande partie de ces demandes provenait d’une seule source, c’est-à-dire Sun Media Corporation, l’entreprise de M. Péladeau, par l’entremise d’un cabinet spécialisé dans les demandes d’accès à l’information. Je me demande comment M. Péladeau – qui se présente comme un partisan du marché libre mais qui a bâti un immense empire médiatique fondé sur du financement public, de la protection réglementaire et des incitatifs fiscaux  – réagirait s’il était soumis à un tel niveau de surveillance publique pour expliquer comment ces fonds « publics » ont été dépensés par son entreprise. 

Ne vous y trompez pas : CBC/Radio-Canada prend la gestion des fonds publics très au sérieux. L’expansion de nos services sur de multiples plateformes alors que nos budgets  diminuent tous les ans nous a obligée à devenir une organisation remarquablement allégée et d’une grande efficacité. Une étude comparative de 2007 effectuée par le Groupe Hackett indique que CBC/Radio-Canada maintient ses dépenses administratives à des niveaux qui sont parmi les moins élevés de ses pairs. Et, dans une liste de 18 pays occidentaux, le Canada se classe en quinzième place pour ce qui est du financement public, soit 34 $ par habitant, par année, alors que la moyenne est de 76 $ par habitant. Nous sommes donc extrêmement fiers, eu égard aux ressources financières dont nous disposons, de la valeur des services que nous offrons aux Canadiens.

M. Péladeau a toutefois raison sur un point : CBC/Radio-Canada joue sans aucun doute un rôle essentiel dans ce qui nous tient unis à titre de Canadiens et elle nous permet de « jouer pleinement notre rôle de citoyen ». Pour sa part, Radio-Canada garantit une diversité de voix et d’opinions ainsi qu’une qualité de programmation qui, en partenariat avec le privé, assurent au marché québécois un équilibre et une créativité qui fait de notre secteur télévisuel l’envie de plusieurs. Les Canadiens et les Québécois ont plus que jamais besoin d’un espace dans le paysage médiatique mondialisé dans lequel ils se reconnaissent. C’est précisément cet espace que CBC/Radio-Canada continue de bâtir avec autant d’efficacité et de transparence que le méritent des citoyens qui investissent dans la radiodiffusion publique. 

Écrire que nous dépensons des centaines de milliers de dollars pour protéger nos dirigeants qui abusent de leur pouvoir, citer hors contexte des passages de décisions de tribunaux, suggérer que nos comportements nuisent à notre mission de diffuseur national, autant d’initiatives de M. Péladeau qui n’ont pour but que de tester, d’attaquer la réputation de notre Société et de tous ses artisans au profit de son empire, ses journaux et ses chaînes de télévision.

Pour plus d'information, veuillez communiquer avec :
  • Hubert T. Lacroix
    Président-directeur général, CBC/Radio-Canada

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