Des opinions? Oui, mais des opinions vérifiées!

13 septembre 2011

Nous avons fait parvenir ce texte à la rédaction du Ottawa Citizen en réponse à la chronique de David Krayden publiée le 29 août 2011 au sujet de CBC/Radio-Canada. Le journal n'a jamais publié notre texte, mais nous avons décidé de le rendre disponible ici.

Des opinions? Oui, mais des opinions vérifiées!

On a pu noter récemment que la radiodiffusion publique suscitait de plus en plus de discussions publiques. C’est une bonne chose. En fait, CBC/Radio-Canada prône un examen public de son mandat depuis à peu près 10 ans. Plus tôt cette année, à l’issue d’un examen que nous avons décidé de faire nous-mêmes, nous avons lancé un plan quinquennal destiné à nous guider à l’ère du numérique. Depuis, nous avons cherché toutes les occasions d’en discuter avec les Canadiens.

Nous nous sommes même réjouis cette semaine lorsque nous avons lu, dans ces pages (The Ottawa Citizen, 29 août 2011),, un article de David Krayden, qui déteste l’idée même de la radiodiffusion publique. Pourquoi cela nous a-t-il plu? Parce que cela déclenche un débat sain. Et cela nous donne l’occasion d’attaquer de front d’énormes idées fausses sur ce que nous faisons et les raisons pour lesquelles nous le faisons. Et l’article de M. Krayden en contenait un sacré nombre.

Commençons par le commencement. Tout d’abord, l’accusation selon laquelle les employés de CBC/Radio-Canada gagnent des « salaires gonflés », « depuis le reporter junior jusqu’au bureaucrate haut placé », avec lesquels « le secteur privé ne peut rivaliser ». Son affirmation ne s’appuie sur aucun chiffre, parce qu’elle est tout simplement fausse. Des analyses comparatives démontrent que les salaires moyens de nos employés sont équivalents à ceux des radiodiffuseurs privés et que nos hauts dirigeants gagnent beaucoup moins que leurs homologues du secteur privé, pour des postes semblables.

Ensuite, écrire que « CBC a diffusé beaucoup plus de programmation américaine qu’elle n’a créé de classiques canadiens » est une aberration. Depuis 20 ans, nos grilles de télévision sont au moins à 85 % canadiennes. Aujourd’hui, la grille de CBC Television aux heures de grande écoute est plus canadienne que jamais, avec 100 % de contenu canadien diffusé chaque soir de la semaine, entre 20 h et 23 h, pendant la haute saison. De nombreuses émissions attirent régulièrement plus d’un million de téléspectateurs, notamment Republic of Doyle, The Rick Mercer Report et Dragons’ Den. M. Krayden n’aime peut-être pas ces émissions, mais de toute évidence les Canadiens les apprécient. Depuis cinq ans, nos grilles canadiennes voient leur part augmenter par rapport à celle de la programmation américaine diffusée par les radiodiffuseurs privés. Aujourd’hui, CBC Television est le deuxième radiodiffuseur de langue anglaise le plus regardé au pays, et ce, grâce à nos émissions canadiennes, et non malgré elles.

Enfin (je me limiterai à trois erreurs par manque de place), M. Krayden affirme que « les téléspectateurs canadiens ne manquent pas de perspectives canadiennes à la télévision ». En théorie peut-être, mais reste à voir la pratique. Si l’on enlevait CBC/Radio-Canada du décor, près de 30 % de l’investissement annuel dans la programmation télévisuelle canadienne disparaîtrait. CBC/Radio-Canada investit plus dans le contenu canadien que tous les radiodiffuseurs généralistes privés combinés, soit 696 millions de dollars comparativement à 681 millions de dollars. Cet investissement permet non seulement d’assurer une diversité de voix et l’éclosion du talent canadien, mais aussi de soutenir et de consolider le secteur de la production indépendante et les économies locales.

Plus tôt cette année, une étude de Deloitte a révélé que chaque dollar que les Canadiens investissent dans leur radiodiffuseur public crée près de quatre dollars en valeur économique – soit une valeur totale de 3,7 milliards de dollars – ce qui permet de soutenir des milliers d’emplois et d’entreprises, dont bon nombre du secteur privé. Le modèle de la radiodiffusion publique au Canada est efficace et productif. Suggérer que CBC/Radio-Canada ressemble de plus en plus à PBS, c’est soutenir la marginalisation du radiodiffuseur public du Canada, sans révéler que PBS obtient près de la moitié de son financement de différents paliers de gouvernement. Le budget dont PBS dispose pour exploiter un réseau de télévision est le même que celui de CBC/Radio-Canada pour offrir 28 services (anglais, français, radio, télévision et web). Et sa part d’auditoire aux heures de grande écoute représente moins de 2 % comparativement à la part de 9,7 % de CBC et de 18,7 % de Radio-Canada.

Mis à part les erreurs contenues dans l’article de M. Krayden, la question fondamentale et légitime que l’on peut se poser est la suivante : un pays aussi diversifié et à la géographie aussi contrastée que le Canada a-t-il besoin de vecteurs nationaux pour partager une expérience, célébrer ses héros et débattre d’enjeux le concernant en anglais, en français et dans huit langues autochtones? Si nous décidons que nous avons besoin de ces vecteurs, alors les conditions économiques du secteur des médias exigent que le gouvernement, d’une manière ou d’une autre, y investisse des ressources. L’avènement du numérique n’a rien changé à cette réalité. Chaque pays d’Occident, à l’exception des États-Unis, a conclu que le moyen le plus efficace d’y parvenir passe par la radiodiffusion publique.

Depuis 75 ans maintenant, fournir aux Canadiens un espace où partager la culture et la vie démocratique du pays est au cœur de ce que nous faisons. Grâce à notre stratégie 2015 : Partout, Pour tous, nous avons renouvelé notre engagement d’être un vecteur de l’identité nationale, ouvert à tous les Canadiens, et de faire en sorte que cet espace soit aussi inclusif et objectif que possible. Dans le cadre de ce plan quinquennal, nous nous engageons à offrir encore plus de contenu canadien, à améliorer et à accroître nos services régionaux et à doubler nos investissements dans les plateformes numériques, sans financement additionnel du gouvernement. Nous nous sommes aussi engagés à être efficaces et transparents, à rendre des comptes et à accepter les débats sérieux sur ce que nous faisons et la manière dont nous le faisons. Autant je souhaiterais que l’opinion de M. Krayden soit davantage basée sur les faits et moins sur l’idéologie, autant je l’applaudis de s’engager et je l’encourage à poursuivre dans cette voie.

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  • William B. Chambers
    Vice-président, Image de marque, Communications et Affaires institutionnelles, CBC/Radio-Canada
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