Lettre ouverte de CBC/Radio-Canada publiée dans The Gazette

13 septembre 2011

Mercredi dernier, j’ai été surpris de lire l’éditorial de The Gazette qui s’en prenait à CBC/Radio-Canada à qui elle reproche d’utiliser l’argent des contribuables pour défendre sa position juridique devant les tribunaux dans une affaire qui l’oppose à la Commissaire à l’information. Votre éditorial se fonde en grande partie sur un sondage réalisé par Quebecor qui demandait dans quelle mesure l’information financière du radiodiffuseur public devrait être rendue publique.

Le problème avec les sondages de ce type, c’est que, si vous vous basez sur une prémisse erronée, votre conclusion le sera également. La fausse prémisse consiste à dire que cette affaire judiciaire porte sur la divulgation d’information financière. Ce n’est pas le cas. Sans avoir besoin de l’intervention de la Commissaire à l’information, nous publions une très grande quantité d’information financière dans nos rapports annuels, nos rapports trimestriels, nos rapports au CRTC, ainsi que dans le sommaire du Plan d’entreprise. Il y a plus d’information financière disponible sur CBC/Radio-Canada que sur tout autre radiodiffuseur généraliste privé au Canada.

Je vous entends répondre que cela est bien normal, puisque nous sommes subventionnés par du financement fédéral. C’est exact, en effet, 65 % de notre financement provient de crédits publics. Mais 35 % de notre financement doit provenir de revenus du marché commercial. C’est la structure que la Loi sur la radiodiffusion a prévue pour nous depuis 1952. Intéressons-nous maintenant à ces parangons de la libre entreprise, les radiodiffuseurs généralistes privés. TVA (propriété de Quebecor), CTV, Global et CITY reçoivent à eux tous des centaines de millions de dollars en avantages publics chaque année par l’entremise de crédits d’impôt, de subventions directes provenant du Fonds pour l’amélioration de la programmation locale, de subventions indirectes du Fonds des médias du Canada et de protections contre la concurrence étrangère. Il n’existe pas de radiodiffuseur généraliste dans notre pays qui ne soit pas subventionné par le contribuable d’une manière ou d’une autre. De plus, Quebecor est elle-même propriété à 45 % du gouvernement du Québec par l’entremise de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Votre éditorial nous presse de rendre public, à l’intention de la Commissaire à l’information, ce que nous dépensons en frais de restaurant et de représentation. Cela n’est pas nécessaire. Les frais de repas et de représentation de nos dirigeants sont publiés dans notre site web tous les trimestres pour que tout le monde puisse en prendre connaissance. De façon similaire, « ce qu’il en coûte d’envoyer un dirigeant étudier à l’Université Harvard » est de notoriété publique. En fait, à des fins de transparence, nous avons créé un site web de divulgation proactive qui contient actuellement plus de 27 000 pages de données consultables sur CBC/Radio-Canada.

Mais rien de tout cela n’est l’objet du litige qui nous oppose à la Commissaire. Il ne s’agit pas de ce qui est ou non rendu public, mais plutôt de qui a accès à de l’information sensible. Ironiquement, le seul exemple donné dans votre éditorial de ce que nous « devrions avoir le droit de garder strictement confidentiel » est au cœur même de l’affaire juridique : le journalisme d’enquête et l’identité des sources confidentielles. Selon nous, seul un juge peut décider ce qui doit advenir de ce type d’information. J’oserais même dire que The Gazette, qui a eu son lot de batailles judiciaires pour protéger ses sources, serait tout aussi réticente à dévoiler ses sources à des agents parlementaires sans se défendre.

Puisque nous parlons de divulgation proactive, je dois admettre que nous devons beaucoup au Parlement qui, dans sa sagesse, a reconnu au moment d’assujettir CBC/Radio-Canada à la Loi sur l’accès à l’information, que nous avions un modèle de fonctionnement hybride à la fois public et commercial, et que, afin de rester viables, nous devions être en mesure de protéger nos stratégies de programmation de nos concurrents directs. Par conséquent, l’information concernant nos « activités de journalisme, de création et de programmation » est exclue en vertu de la Loi et n’a pas à être divulguée.

Les lecteurs de The Gazette ne savent peut-être pas que Quebecor, qui, en plus de TVA, est propriétaire de Vidéotron, du Journal de Montréal, de la chaîne de journaux Sun Media et maintenant de Sun News Network, a lancé une campagne concertée, agressive et quasi quotidienne dans toutes ses propriétés pour nuire à l’image de CBC/Radio-Canada. Ce sondage monté de toutes pièces n’est que l’exemple le plus récent de la campagne de dénigrement en cours depuis un an.

C’est une stratégie habile. Quebecor constate que notre programmation remporte plus que jamais du succès auprès des Canadiens. Avec le prochain renouvellement de nos licences par le CRTC et un gouvernement aux prises avec un important déficit budgétaire, Quebecor voit une occasion de faire du mal à un concurrent en cherchant à le démolir. Quebecor n’est même plus membre des conseils de presse. Elle fait ce qu’elle veut.

Je n’en attends pas moins de Sun Media. Mais The Gazette n’est pas le Sun, et je m’attends à mieux de la part de The Gazette. Je m’attends au moins à ce que vous téléphoniez pour vérifier les faits avant de signer un éditorial. Personne ne nous a appelés.

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  • William B. Chambers
    Vice-président, Image de marque, Communications et Affaires institutionnelles, CBC/Radio-Canada
    tel. 613-288-6181
    bill.chambers@cbc.ca

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