Battle of the Blades ou du ballet à CBC? L’un ou l’autre, là n’est pas la question

22 juin 2012

« CBC ne peut pas être tout à la fois pour tout le monde, affirme son président. » C’est l’une des manchettes qui a circulé après une allocution sur l’avenir de la radiodiffusion publique que j’ai prononcée à Toronto, il y a quelques semaines. C’est vrai. Ce n’est pas possible et nous ne prétendons pas que ce l’est. Par contre, ce qui manque à cette manchette, c’est la deuxième partie qui est beaucoup plus importante et qui figurait également dans mon allocution – CBC/Radio-Canada peut et doit « représenter et signifier quelque chose de spécial pour chaque Canadien ». Voilà notre objectif.

Un budget réduit pour le radiodiffuseur public, une révolution numérique, la consolidation de l’industrie : le paysage médiatique d’aujourd’hui a provoqué de nouvelles discussions partout au pays sur la place de la radiodiffusion publique dans tout cela. Les gens y réfléchissent, en parlent, partagent des idées entre eux et avec nous. En soi, c’est très bien. C’est un signe rassurant que la radiodiffusion publique est importante.

Au centre de la discussion se trouve la vieille question de savoir si CBC/Radio-Canada devrait être « élitiste » ou « populaire ». Qui devrait-elle servir et comment? Ou, comme l’a publié récemment le Toronto Star dans son site web The Network, est-ce que CBC devrait présenter du ballet ou Battle of the Blades?

Je dirais plutôt que la radiodiffusion publique ne se résume pas à l’un ou à l’autre. Elle ne le peut pas. Elle ne peut discréminer et servir seulement cet auditoire-ci ou cet auditoire-là, présenter seulement cette émission-ci ou cette émission-là, ce reportage-ci ou ce reportage-là, sur seulement cette plateforme-ci ou cette plateforme-là. Cela n’est pas son rôle. Elle doit plutôt célébrer notre merveilleuse diversité, refléter la profondeur et la richesse de notre culture, tout en enrichissant notre vie démocratique.

CBC/Radio-Canada a le mandat de servir tout le monde lorsqu’il est question de contenu distinctif. Parmi tout ce que nous faisons, on trouvera une vaste gamme de services et d’émissions qui ont l’objectif de joindre les auditoires et de plaire à un grand nombre de Canadiens sans sacrifier la signification culturelle, la pertinence ou la qualité. Les choses devraient être ainsi. Honnêtement et sans manquer de respect, « l’un ou l’autre », là n’est pas la question.

Le problème majeur en opposant le ballet et Battle of the Blades, c’est qu’il s’agit d’une dispute qui porte uniquement sur les émissions présentées par CBC Television aux heures de grande écoute, alors que notre mandat exige d’offrir une vaste gamme d’émissions qui informent, éclairent et divertissent dans de nombreuses régions, sur de multiples plateformes et dans un grand nombre de langues. Il y a une bonne raison à cela et c’est notre plus grand défi, qui constitue en même temps notre meilleur avantage, de faire en sorte que cette gamme d’émissions soit disponible et accessible.

Une nouvelle sur CBC News Network amènera peut-être Jenn à voter. Un invité à une émission locale du matin sur CBC Radio One pourrait amener Stefan à voir son voisin sous un nouveau jour. Une discussion sur CBC.ca pourrait amener Anick à vouloir s’impliquer dans un projet communautaire. Une liste de diffusion sur CBC Music pourrait faire découvrir à Sanjay son nouveau groupe musical préféré. Un bulletin d’information d’urgence reçu de CBC Mobile Services pourrait sauver la vie de Lei. Une dramatique présentée aux heures de grande écoute à la télévision que Melinda regarde pour relaxer pourrait, de façon inattendue, lui faire découvrir quelque chose de Terre-Neuve et l’amener à planifier un voyage là-bas. Un documentaire présenté un jeudi soir sur la découverte de fossiles en Alberta pourrait inciter Logan à devenir paléontologiste.

Avoir quelque chose pour tout le monde et signifier quelque chose pour tout le monde : c’est ce à quoi devrait aspirer la radiodiffusion publique, et c’est notre objectif. Aujourd’hui, nous offrons une trentaine de services différents sur de multiples plateformes en français et en anglais aux quatre coins du pays et en huit langues autochtones dans le Nord. La musique classique, les émissions pour enfants et la téléréalité : tous ces genres ont leur place dans cette offre, et c’est rendre un mauvais service que d’essayer de les cataloguer. C’est toute une panoplie de services et elle plaît à de plus en plus de Canadiens. Une recherche que nous avons faite l’automne dernier montre que 81 pour cent des Canadiens utilisent au moins l’un de nos services au cours d’une semaine normale. Quatre-vingt-un pour cent chaque semaine, pour des services publics, c’est tout de même un pourcentage substantiel. Bien sûr, notre défi consiste à amener les 19 autres pour cent à découvrir qu’ils pourraient y trouver eux aussi leur compte. Et cela ne fait pas de doute quand on regarde notre offre.

J’invite tous les Canadiens à examiner nos services, nos grilles et notre offre en ligne. Si vous ne l’avez pas déjà fait, je suis certain que vous découvrirez qu’il y a quelque chose de spécial, quelque chose d’intéressant et de significatif pour vous.

Hubert T. Lacroix
Président-directeur général
CBC/Radio-Canada

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