Notes d’allocution pour Hubert T. Lacroix, président-directeur général, CBC/Radio-Canada devant le Comité permanent des langues officielles

1 mai 2014, Ottawa

(LA VERSION PRONONCÉE FAIT FOI)

Monsieur le président, membres du comité, je vous remercie de l’intérêt que vous portez à CBC/Radio-Canada. Comme le président l’a mentionné, je suis accompagné ce matin de Patricia Pleszczynska, responsable des services régionaux de Radio-Canada et de nos services aux communautés francophones en situation minoritaire, ainsi que de Shelagh Kinch, responsable des Services anglais de CBC au Québec.

Je commencerai aujourd’hui en vous parlant des mesures que nous avons annoncées le 10 avril dernier pour équilibrer notre budget de cette année et des impacts sur nos services. Je voudrais aussi vous parler de nos nouvelles conditions de licence qui reflètent notre engagement envers les communautés linguistiques en situation minoritaire. Et finalement, j’aimerais vous dire quelques mots sur les choix que nous devons faire en préparant un nouveau plan stratégique. Un plan qui assurera un radiodiffuseur public solide et pertinent pour l’ensemble des Canadiens.

Vous êtes sûrement au courant des compressions que nous avons dû faire cette année. En raison de pressions liées au marché et à l’augmentation de nos coûts fixes, nous avons dû procéder à des réductions de 130 millions de dollars. Ceci représente l’élimination de l’équivalent de 657 postes à temps plein. Nous devrons également débourser la somme de 33,5 millions en indemnités de cessation d’emploi. Ces réductions s’ajoutent aux pressions financières de 390 millions de dollars que nous avons dû gérer depuis 2009 à cause de la récession de 2008-2009, du Plan d’action pour la réduction du déficit, de l’élimination du Fonds pour l’amélioration de la production locale (FAPL) par le CRTC, du gel du financement des salaires pendant cinq des six dernières années, dont cette année, et de la réduction du financement provenant du Fonds des médias du canada (FMC).

Vous trouverez dans votre dossier la répartition détaillée des postes abolis dans les Services français et les Services anglais, ainsi que dans chaque région.

Comme vous en avez entendu parler, nous ne rivaliserons plus afin d’obtenir les droits de diffusion des sports professionnels. Notre couverture des sports amateurs sera réduite et toute couverture future devra nous permettre de recouvrer nos coûts. Ces exemples illustrent les choix difficiles que nous avons eu à faire pour équilibrer notre budget 2014-15 et pour tenter de protéger les priorités de notre Stratégie 2015; la programmation Canadienne, les services aux régions et l’investissement dans les plateformes numériques. Nous n’avons pas été capables de protéger complètement ces priorités. Les chiffres étaient trop élevés et notre marge de manœuvre trop mince par rapport aux compressions que nous avons dû faire depuis 2009.

Laissez-moi vous donner une idée de ce que ça signifie pour nos services régionaux.

Nous avons dû annuler la suite de nos plans d’expansion régionaux qui incluaient, la création d’une station de radio à London, en Ontario. Nous avons éliminé le bulletin de nouvelles de fin de soirée de 10 minutes que CBC présentait dans le nord. Nous avons consolidé les bulletins de nouvelles télévisées le week-end de CBC à Calgary et à Edmonton en un seul bulletin régional. Nous consoliderons également en une seule émission régionale les émissions de radio locale que CBC diffuse l’après-midi à Thunder Bay et à Sudbury. Sur Espace musique, nous remplacerons l’émission quotidienne régionale du matin diffusée depuis 11 communautés par une seule émission réseau. Nous réduirons de 90 à 36 épisodes l’émission réseau quotidienne Quelle histoire diffusée à la télévision de Radio-Canada. Vous trouverez dans vos dossiers une liste plus détaillée des émissions qui sont touchées.

Toutes ces compressions sont difficiles à faire. Non seulement nous perdons des gens au talent extraordinaire, mais nous devons aussi réduire la programmation que nous offrons aux Canadiens; dans de nombreux cas, nous remplaçons des émissions locales par des émissions plus régionales. Mais nous maintenons notre engagement à l’égard des régions. Nous avons pris la décision de protéger notre empreinte actuelle : cela veut dire que nous ne fermons pas de stations ou de bureaux, puisque nous croyons que nous devons offrir une programmation qui provient et reflète l’ensemble de notre pays.

Permettez-moi de vous expliquer :

Le financement que nous recevions du Fonds pour l’amélioration de la programmation locale (le FAPL) était essentiel pour nous aider à améliorer nos services de télévision, particulièrement pour les communautés francophones en situation minoritaire. Quand le CRTC a éliminé le financement du FAPL, la décision logique à prendre aurait été d’annuler toutes les émissions régionales qui bénéficiaient de ce fonds. Nous avons plutôt choisi de réaffecter des ressources pour protéger les nouvelles régionales, sept jours sur sept, dans toutes nos stations.

Par contre, il y a eu des conséquences à ce choix. Pour préserver notre engagement envers les nouvelles, nous avons dû annuler toutes les émissions hors nouvelles comme Caméra boréale (Regina), une émission produite par cinq jeunes vidéo journalistes qui racontaient leurs expériences de voyage dans le Grand Nord canadien aux francophones de tout le pays. Nous avons aussi dû réduire le nombre de productions régionales pour l’émission réseau Tout le monde en parlait. De 2010 à 2013, le financement du FAPL a soutenu la production de 20 émissions des communautés francophones hors Québec, comme La cloche de Batoche (Winnipeg), la sagouine (Moncton) et L’école de la résistance de Penetanguishene (Toronto). Malheureusement, pour la nouvelle saison qui commence le 6 mai, un seul documentaire régional, Le monstre de Pont-Rouge (Québec), sera diffusé à Tout le monde en parlait cette année.

Mais, notre engagement envers les régions se reflète aussi dans nos nouvelles conditions de licence du CRTC. Des conditions que nous continuons à respecter. Les sept stations régionales de Radio-Canada qui desservent les communautés francophones en situation minoritaire diffuseront au moins cinq heures de programmation locale chaque semaine en moyenne annualisée. À Montréal, CBC offrira aux anglophones 14 heures de télévision locale par semaine, dont une heure d’émission hors nouvelles.

Nos conditions de licence exigent que nous tenions des consultations auprès des communautés francophones en situation minoritaire dans chacune des régions suivantes : région de l’atlantique, Ontario, Ouest du canada et Nord du canada. D’ailleurs, Patricia revient tout juste de notre consultation dans l’ouest, qui a eu lieu mardi à Edmonton.

Disons les choses clairement. Les défis que nous devons relever sont importants. D’ailleurs, tous les télédiffuseurs conventionnels sont confrontés à une baisse de leurs revenus publicitaires. Les annonceurs choisissent plutôt de placer leur budget publicitaire dans des émissions présentées en direct comme les sports professionnels, et de plus en plus vers le numérique. Pour CBC/Radio-Canada notre engagement envers les émissions canadiennes fait en sorte qu’il nous coûte beaucoup plus cher de produire et de diffuser (surtout aux heures de grande écoute) des émissions canadiennes, que de faire comme les diffuseurs privés et de diffuser en simultané des émissions américaines. Parmi les 18 diffuseurs publics les plus importants au monde, CBC/Radio-Canada se classe maintenant au 16e rang en ce qui a trait à notre niveau de financement par habitant (le troisième plus bas). Nous n’avons même pas accès à une marge de crédit pour gérer nos besoins de trésorerie.

Les mesures que nous avons annoncées plus tôt ce mois-ci nous permettront d’équilibrer notre budget cette année, mais ce n’est pas suffisant. Nous ne pouvons pas être dans une position où nous devons continuellement réduire la taille du radiodiffuseur public tous les deux ans pour équilibrer nos budgets annuels.

Nous avons déjà amorcé l’élaboration de notre prochain plan stratégique, celui qui nous mènera en 2020. Nous donnerons plus détails à ce sujet au début de l’été. Je peux toutefois vous dire que nous devons faire des choix difficiles concernant les services dont les Canadiens auront besoin de leur diffuseur public et déterminer la meilleure façon possible de les offrir. Chose certaine, nous devrons en faire moins.

En 2020, nous devrons être une organisation de média publique plus petite et plus ciblée, plus souple et capable de s’ajuster au changement dans les habitudes de consommation des médias par les Canadiens. Mais nous devons aussi être à la hauteur du mandat qui nous a été confié il y a plus de 75 ans; informer, éclairer et divertir.

À plusieurs égards, notre couverture des derniers Jeux Olympiques d’hiver vous donne une bonne idée de ce que sera notre avenir. Avec Sotchi, nous avons rejoint plus de 33 millions de Canadiens. Plus de 10 millions de Canadiens – c’est-à-dire un sur trois – ont suivi les olympiques sur un ordinateur, une tablette et un téléphone; ils ont regardé environ 14 millions d’heures de contenu vidéo en ligne, en direct et sur demande; nos Services français et anglais ont travaillé ensemble pour maximiser l’utilisation de nos ressources; nous avons conclu des partenariats avec d’autres radiodiffuseurs; nous avons utilisé les plus récentes technologies pour que chaque Canadien vive une expérience personnelle unique, et que tous puissent célébrer ensemble les exploits de leur pays. Je crois que des moments comme ceux-là révèlent la force de CBC/Radio-Canada. C’est dans cet esprit que nous travaillons pour répondre aux attentes futures des Canadiens.

Je me ferai un plaisir de répondre à vos questions.

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