Notes d’allocution d’Hubert T. Lacroix, président-directeur général, CBC/Radio-Canada, au Cercle canadien de Montréal

5 mai 2014, Montréal

(LA VERSION PRONONCÉE FAIT FOI)

Bon après-midi, Mesdames et Messieurs.

Je tiens tout d’abord à remercier le Cercle canadien de m’avoir donné l’occasion de vous adresser la parole. Avec nos annonces du 10 avril dernier, vous aurez sûrement compris que CBC/Radio-Canada est à l’heure des choix. J’apprécie donc beaucoup l’intérêt que vous nous démontrez par votre présence aujourd’hui.

Je tiens aussi à souligner la présence de mes collègues dans la salle.

Commençons nos réflexions par une évidence : le radiodiffuseur public traverse une période difficile. Nous venons d’annoncer des réductions budgétaires de 130 millions de dollars, déclenchant l’abolition de l’équivalent de 657 postes à temps plein. Et ce, simplement pour trouver l’équilibre budgétaire pour l’année 2014-2015.

Ces réductions s’ajoutent aux pressions financières de 390 millions de dollars que nous avons dû gérer depuis 2009. C’est la troisième fois depuis mon entrée en poste, le 1er janvier 2008, que j’annonce des compressions d’envergure à nos artisans. Ensemble, ces compressions ont touché l’équivalent de 2 107 postes à temps plein.

Nos dernières annonces ont créé des remous. Les réactions sont multiples : inquiétudes, questionnements, cris du cœur, colère, accusations.

La plupart cherchent à savoir ce que nous allons faire pour assurer l’avenir du diffuseur public.

Dans la rue, dans nos courriels, sur les médias sociaux, dans les pages éditoriales et sur la colline du Parlement, les gens ne sont pas à court d’idées à propos de l’avenir de CBC/Radio-Canada.

Les opinions viennent de partout. Sans arrêt. Les conversations sur CBC/Radio-Canada ne sont jamais ennuyantes, et toujours passionnées. Et souvent, pas toujours faciles à suivre. Mais dans cela, rien de nouveau : cette relation complexe que les Canadiens ont avec le radiodiffuseur public existe depuis toujours.

En fait, ce dont le radiodiffuseur public a le plus besoin à ce moment-ci de son histoire, c’est d’une conversation à l’échelle nationale à propos de la radiodiffusion publique, de notre mandat et de notre modèle d’affaires, et une participation active des Canadiens qui s’y intéressent.

Aujourd’hui, je veux vous expliquer pourquoi CBC/Radio-Canada est plus importante que jamais, et pourquoi le moment est venu de se lever et de s’exprimer si la radiodiffusion publique vous tient à cœur.

Cependant, attention : le plus grand danger de cette conversation, c’est qu’elle porte sur ce que nous avons été, plutôt que sur ce que nous devons devenir.

CBC/Radio-Canada est un catalyseur de culture, pas un conservateur de musée. Oui, nos émissions ont contribué énormément à notre patrimoine – mais nous devons maintenant inspirer de nouvelles générations.

Nous devons investir – de façon intelligente – dans nos personnes, nos technologies et notre programmation pour répondre à l’évolution des besoins des Canadiens et à l’évolution du Canada.

Pour y parvenir, il faut des moyens financiers. Si nous ne pouvons pas générer d’autres revenus ou si notre modèle d’affaires ne change pas, nous devrons prendre l’argent des services que nous offrons actuellement pour financer ceux que nous devrons offrir à l’avenir.

Contexte

Laissez-moi vous expliquer le contexte.

L’industrie change constamment. La télévision généraliste connaît une transformation gigantesque. Dans ce nouvel univers, Google, Facebook et les journaux (pensez à LaPresse+) sont des joueurs dans notre industrie autant que TVA ou CTV.

Au cours de la dernière année, le marché de la publicité a régressé globalement d’environ 5 %.

Tout indique qu’il ne s’agit pas d’un ralentissement – c’est la nouvelle réalité, parce que les annonceurs s’en vont vers le numérique.

Deux jours avant l’annonce de notre budget le mois dernier, Keith Pelley, le président de Rogers Media, s’est présenté devant le CRTC pour demander des changements aux conditions de licence de la chaîne de télévision OMNI. Il a déclaré : « Je suis très inquiet de la santé à long terme de la télévision généraliste. Je n’aurais jamais imaginé que certaines tendances et certains virages dont j’ai été témoin au cours des dernières années se seraient concrétisés ». Il a ajouté: « C’est un choc de voir à quel point l’industrie s’est transformée, et c’est arrivé si rapidement. Elle ne change pas chaque année… On dirait qu’elle change tous les jours ».

Même pas une semaine plus tard, Shaw, la société mère de Global, annonçait une restructuration pour mieux se positionner pour l’avenir. 400 postes ont été éliminés.

En quelques jours, deux radiodiffuseurs privés importants et le radiodiffuseur public ont tenu le même discours.

Les revenus publicitaires. Pourquoi sont-ils si importants pour nous? Laissez-moi vous donner quelques chiffres.

Aujourd’hui, notre budget annuel est légèrement supérieur à 1,5 milliard de dollars.

Nos crédits parlementaires, y compris notre budget d’immobilisations, totalisent environ 1 milliard de dollars (1 milliard 34 millions de dollars); le reste provient de nos revenus commerciaux et publicitaires. À eux seuls, les revenus publicitaires représentent entre 250 millions et 300 millions de dollars. Vous les perdez ou vous les éliminez : ça veut dire que les Canadiens auront moins de services.

Voilà comment nous sommes financés : nous recevons des crédits parlementaires qui représentent notre budget de base. Si nous voulons en faire davantage, et remplir notre mandat d’offrir des services qui comportent « une très large gamme de programmation qui renseigne, éclaire et divertit », comme le stipule la Loi sur la radiodiffusion qui, rappelons-le, n’a pas été modifiée depuis 1991, le gouvernement et le CRTC nous ont dit de trouver ces sommes nous-mêmes. Et c’est ce que nous avons fait.

Sans augmentation de notre budget de base permanent depuis 1973, autre qu’une augmentation pour refléter, partiellement, l’inflation, nous avons été capables d’offrir aux Canadiens des services qui, aujourd’hui, représentent 88 stations de radio et 27 stations de télévision, trois services entièrement numériques, deux chaînes de télévision d’information spécialisées (ICI RDI et CBC News Network), trois autres chaînes de télévision spécialisées et 11 autres services, incluant des chaînes de musique. Tout ça, dans les deux langues officielles et sur six fuseaux horaires.

Et, comme je le répète partout, malgré nos demandes répétées à cet effet, nous avons fait toute notre gymnastique financière sans avoir accès à une ligne de crédit pour gérer notre fonds de roulement, et avec des crédits parlementaires qui sont renouvelés aux 12 mois, sans prévisibilité, environ 6 semaines avant le début de notre exercice financier.

Nous avons beau être efficaces, nos coûts sont présentement quand même plus élevés que nos revenus.

Avec un besoin croissant d’investir dans une transformation fondamentale du radiodiffuseur public pour le tourner résolument vers l’avenir, il est maintenant évident que notre modèle d’affaires n’a pas la souplesse requise dans l’environnement actuel.

Regardons ce qui se passe ailleurs.

Presque tous les radiodiffuseurs publics peuvent compter sur des revenus provenant du secteur public et du secteur privé. Nous ne sommes pas un cas unique.

Au Royaume-Uni, il n’y a pas de publicité sur les ondes de la vénérable BBC. Par contre, tous ceux qui possèdent un téléviseur couleur dans ce pays lui versent une redevance d’environ 270 dollars canadiens chaque année.

De plus, leur nouveau directeur général a déclaré il y a quelques semaines qu’il voulait accroître les redevances annuelles parce que les Britanniques regardent maintenant les émissions et le contenu de la BBC sur leurs ordinateurs personnels, leurs téléphones mobiles et leurs tablettes évitant ainsi de payer leurs redevances. Lord Hall soutient donc que les redevances devraient « se moderniser » pour tenir compte de l’écoute en ligne.

À l’heure actuelle, ces droits représentent 3,6 milliards de livres ou, présentement, plus de 6,5 milliards de dollars canadiens, soit 97 dollars par habitant. En plus de ces 6,5 milliards de dollars, la BBC génère des revenus commerciaux grâce à une offre globale solide, BBC Worldwide, qui déclare un dividende annuel à la société mère pour ajouter au financement par les redevances annuelles de télévision.

En Australie, 98 % de la grille du radiodiffuseur public est exempte de publicité. Il reçoit environ 1,1 milliard de dollars du gouvernement, ce qui représente 53 dollars par habitant.

Bref, quand nous tenons compte des 18 pays occidentaux les plus importants, le Canada se classe au 16e rang (le troisième avant-dernier) pour le financement public par habitant, tout juste devant la Nouvelle-Zélande et les États-Unis.

Cette année, il nous en coûte seulement 29 dollars par année, à chacun d’entre nous, pour tous les services de CBC/Radio-Canada.

Comme vous pouvez le constater, la moyenne mondiale est de 82 dollars.

Et, ce n’est pas parce que le Canada n’investit pas dans la culture. Entre 1991 et 2011, les dépenses dans ce secteur ont augmenté de 66 % dans d’autres créneaux. De plus, pendant la même période, les avantages indirects des radiodiffuseurs privés ont augmenté entre 60 et 70 %. Eh oui, c’est un fait : les radiodiffuseurs privés reçoivent des subventions publiques directes et indirectes, des avantages fiscaux et des crédits d’impôt qui totalisent environ 1 milliard de dollars par année.

Pendant cette même période de 20 ans, qu’en est-il de nos crédits parlementaires? Ils ont diminué de presque 40 %, si l’on tient compte de l’inflation.

Ce sont simplement les faits.

Voici, en d’autres termes, ce que ça veut dire. Si voulez la BBC, cela vous en coûtera l’équivalent de 97 dollars par Brit. Si vous voulez le radiodiffuseur public Néo-Zélandais, qui n’offre pas d’émissions de radio et dont presque toutes les émissions de télévision présentent de la publicité, il vous en coûtera l’équivalent de 21 dollars par Kiwi.

En gros, c’est ce que j’ai dit jeudi dernier à Ottawa devant un comité de la Chambre des communes : il y a un lien direct entre le niveau de service que nous pouvons offrir, notre capacité à remplir notre mandat et notre niveau de financement. Notre mandat (qui n’a pas été modifié depuis 1991) est extrêmement large, nos obligations réglementaires nombreuses, et notre financement très réduit. Cela ne peut pas durer. Nous ne pouvons continuer à faire des compressions importantes au sein du radiodiffuseur public tous les deux ans pour équilibrer notre budget annuel.

Si nous croyons à la radiodiffusion publique, nous devons l’appuyer, ajuster son mandat aux réalités actuelles, et lui donner les ressources dont elle a besoin pour remplir son mandat.

À l’émission Sunday Edition il y a quelques semaines, j’ai entendu un ancien dirigeant de la BBC dire ceci : « Conserver un noyau de service public tout en réduisant la place qu’il occupe et son dynamisme en diminuant constamment son financement est pire que de l’éliminer, parce que cela permet aux politiciens et à vous, le public, et à toute la société, de croire que l’espace civique existe réellement sans qu’il en possède les caractéristiques ».

Je suis d’accord avec cette affirmation.

Est-ce qu’il y a un chiffre magique? Non. On revient toujours au niveau de service auquel on s’attend et désirons comme société civile, du radiodiffuseur public.

En 2003, le Comité permanent du patrimoine canadien a publié le Rapport Lincoln dans lequel on recommandait une augmentation du financement et sa stabilité sur plusieurs années. Cette recommandation date maintenant de 10 ans.

Puis, en 2008, le même comité allait jusqu’à recommander une augmentation du financement de base « jusqu’à une hauteur d’au moins 40 dollars par habitant ». La minorité conservatrice sur ce comité demandait un financement « stable, sur plusieurs années, pour CBC/Radio-Canada, indexé au coût de la vie ».

En se basant sur notre financement actuel et sur les 29 dollars par année que paie chaque Canadien, nous sommes forcés à trouver, au sein de notre entreprise, les ressources nécessaires pour aller de l’avant. Et cela veut dire retirer de l’argent actuellement investi dans les émissions et les services pour les investir dans notre avenir.

Le mois dernier, c’est exactement le choix que nous avons fait. Et nous avons tous vu les réactions des Canadiens.

Les décideurs, ceux qui rédigent les politiques publiques des gouvernements, disposent d’une panoplie d’options pour assurer le financement du radiodiffuseur public. La décision ultime revient cependant aux Canadiens. Pas à nous. Ça ne sert à rien à CBC/Radio-Canada d’avoir une conversation avec elle-même. Et, ce débat ne porte pas que sur nous. Il faut avoir une conversation sur les services que les Canadiens veulent et s’attendent d’avoir de leur écosystème médiatique (les radiodiffuseurs traditionnels, les chaînes spécialisées, les services alternatifs (OTT), les producteurs indépendants, les compagnies de câble et de distribution de signaux par satellite, les fournisseurs de services Internet et le radiodiffuseur public), sur le financement disponible à tous les joueurs qui font partie du système et sur les règles et les obligations liées à ce système, pour offrir, dans l’ensemble, un service approprié.

D’ici là, CBC/Radio-Canada doit trouver les moyens de s’adapter aux fluctuations et aux changements de son environnement sans procéder à des mises à pied massives comme nous l’avons annoncé. Mais cela implique aussi un diffuseur public très différent.

Les enjeux

Et les enjeux n’ont jamais été aussi sérieux.

CBC/Radio-Canada a été créée pour faire en sorte que le Canada puisse se retrouver sur ses propres ondes, qu’il ne soit pas inondé par des émissions américaines et que des intérêts étrangers commerciaux ne forgent pas notre identité au détriment de nos propres expériences.

Nous avions besoin d’une voix. Nous avions besoin de préserver nos langues et nos cultures. Nous avions besoin d’une lunette pour nous permettre de voir et de comprendre notre pays.

Aujourd’hui, à mesure que l’environnement médiatique se mondialise, se fragmente et ne connaît plus de frontières, que notre industrie est contrôlée par de moins en moins de compagnies, qui sont de plus en plus grosses, et que les Canadiens ont de moins en moins de temps, le désir et le besoin d’avoir notre propre espace n’a jamais été aussi grand.

Un radiodiffuseur public n’est pas là seulement pour occuper un espace où les autres radiodiffuseurs ont échoué ou ne veulent pas offrir de services. Au contraire, les recherches démontrent qu’il y a une forte corrélation, dans chaque pays, entre la qualité des chaînes d’un radiodiffuseur public et des chaînes commerciales. Et plus la grille des radiodiffuseurs publics est diversifiée, plus la grille des radiodiffuseurs commerciaux l’est également.

Les joueurs se poussent à être les meilleurs et non les moins pires.

Ce concept d’identité nationale est également important. Lorsque que nos villes et paysages figurent dans des films d’Hollywood, nous en sommes très fiers. Trop souvent, nous regardons ou écoutons des émissions avec lesquelles nous sentons que nous n’avons aucun lien. On se retrouve à célébrer de petites portions du Canada sur nos écrans, petits ou grands.

Malgré ça, nous n’avons pas beaucoup d’occasions de nous voir à l’écran.

C’est pourquoi je suis fier du rôle que CBC/Radio-Canada joue pour présenter le Canada aux Canadiens dans 19-2, 30 Vies, Unité 9, Heartland, Republic of Doyle. On se reconnaît dans ces émissions de télévision parce qu’elles sont tournées chez nous. Nous nous reconnaissons dans les paysages, les villes, les couloirs. Nous nous voyons à l’écran. Et ça, c’est très important.

Plus l’environnement médiatique se fragmente et se mondialise, plus les Canadiens ont besoin de se retrouver chez eux. Nous avons besoin d’un espace pour évoluer, pour réussir, pour nous nous retrouver.

Cet espace doit nous appartenir à nous tous. Il faut que ce soit un espace public.

Je vais vous donner une idée de l’enjeu.

À l’heure actuelle, partout dans le monde, nous avons 23 journalistes qui, à partir l’Ukraine, de la Syrie, de Washington et des pays du BRIC présentent l’actualité internationale dans une perspective canadienne. CTV a 6 journalistes, et TVA, 1.

Si CBC/Radio-Canada devait disparaître demain, d’un seul coup, le Canada perdrait une bonne partie de ses yeux et de ses oreilles à travers le monde.

L’été dernier, nous avons tous senti l’onde de choc de l’explosion à Lac-Mégantic. Les premières images de cet accident ferroviaire, qui ont fait le tour du monde, ont été captées par des caméras de Radio-Canada. Nous étions les premiers, car nous avons une présence géographique et un engagement envers les régions inégalés.

Notre présence dans des marchés comme l’Estrie est une façon de desservir les Canadiens. Nous contribuons aux économies locales. Nous contribuons à la culture, à la qualité de vie des citoyens que nous desservons, nous organisons des activités caritatives et communautaires et nous y participons.

L’an dernier, les collectes de fonds du temps des fêtes de CBC/Radio-Canada ont permis de recueillir plus de 16,4 millions de dollars à l’échelle du pays.

Un radiodiffuseur public solide contribue également à sensibiliser davantage le public sur l’importance de la démocratie, et à mobiliser les citoyens sur les événements qui se produisent dans leur pays.

Ce sont nos journalistes, plus précisément ceux qui travaillent à Enquête, qui ont levé le voile sur la corruption dans la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction. Sans nous, la Commission Charbonneau n’aurait pas vu le jour. Mais Enquête, pour ne mentionner qu’elle, c’est bien plus que la Commission Charbonneau. C’est aussi un reportage percutant sur les commotions cérébrales dans le football et un autre (avec the fifth estate) sur l’exploitation des travailleurs du textile et de la couture au Bangladesh. Et c’est pour cela que, malgré les compressions qui ont affecté Radio-Canada, l’équipe d’Enquête compte encore 29 personnes à temps plein et est centrale à notre mandat.

Sans le radiodiffuseur public, qui desservira les communautés minoritaires linguistiques et en assurera leur rayonnement au plan national?

Sans le radiodiffuseur public, qui fera en sorte que le Grand Nord fasse partie de notre conscience collective et que les langues autochtones demeurent une partie intégrante de notre patrimoine?

Aux heures de grande écoute, CTV et Global nous offrent actuellement quelques heures d’émissions canadiennes. Est-ce que nous, comme culture et comme pays, en avons besoin davantage?

Sans ICI Tou.tv, est-ce que les francophones du Québec et hors Québec seraient bien servis par Netflix?

Sans Radio-Canada, qui d’autre présentera, aux heures de grande écoute, des émissions d’information et d’affaires publiques, avec le même engagement que pour des dramatiques et comédies canadiennes, ou des émissions de divertissement et de variétés canadiennes?

Voici donc le défi auquel nous sommes maintenant confrontés : définir notre avenir compte tenu de notre niveau de financement actuel.

Stratégie

Pour y parvenir, nous avons commencé par nous poser certaines questions :

  1. Au plan sociodémographique, quels sont les changements qui s’annoncent? Selon Statistique Canada, au cours des 20 prochaines années, au moins une personne sur quatre qui habite au Canada sera née à l’étranger. Comment allons-nous répondre à leurs besoins?

  2. Les fournisseurs de services par câble et satellite occupent encore le devant de la scène. Mais leur pénétration a plafonné et a même commencé à diminuer. Tout le monde parle de se débrancher. Nous pensons que les consommateurs vont continuer à s’abonner à la télévision, mais que l’abonnement de demain ne ressemblera pas beaucoup à celui d’aujourd’hui : il sera non linéaire, multiécran, à la carte, et avec encore plus de choix au niveau du contenu.

    Seulement environ 5 % de la population utilisent la télévision hertzienne – < 2-3 % en 2020 – mais la télévision hertzienne représente une part importante de notre infrastructure en termes de coûts.

    La pénétration des appareils mobiles, des téléphones intelligents et de la large bande dans les foyers avoisine 90 %. Le nombre d’écrans que les Canadiens possèdent est sans précédent. Pouvons-nous investir dans des nouveaux modes de distribution tout en continuant à offrir les modes traditionnels? À quel moment arrêtons-nous d’offrir notre service de télévision hertzienne?

  3. Au cours des 10 dernières années, nous avons réduit notre portefeuille immobilier de 1 million de pieds carrés. Pouvons-nous aller plus loin pour réinjecter cet argent dans le contenu et les services? Ou perdrons-nous alors nos liens avec les communautés que nous desservons?

  4. L’information et la télévision locale sont aussi en changement. La télévision locale est particulièrement menacée à cause de l’élimination par le CRTC du Fonds pour l’amélioration de la programmation locale (FAPL). Dans de nombreux cas, il n’y a simplement pas de modèle économique viable pour le soutenir. Pour ces raisons, nous ne croyons pas que les radiodiffuseurs privés continueront à s’investir dans les régions, à l’exception peut-être des plus grandes villes canadiennes. Devrions-nous alors nous retirer avant eux ou devrions-nous être le dernier à s’intéresser aux nouvelles locales et à en diffuser? Pouvons-nous remplir notre mandat différemment dans les régions?

    Et même si la télévision occupe encore une place importante pour l’information au Canada, nous anticipons que le numérique et les appareils mobiles vont prendre le dessus en 2020. Comment pouvons-nous informer le mieux possible les Canadiens qui utiliseront leurs appareils mobiles?

    Quel doit être l’équilibre entre les bulletins de nouvelles traditionnels et le contenu en format court en ligne?

  5. Nous savons que l’écoute de la musique à la radio diminue, surtout chez les jeunes parce qu’ils l’écoutent en ligne. Nous savons aussi que le milieu de la musique en ligne est hyper compétitif. Mais nous savons aussi qu’actuellement, plus de 70 % des auditeurs le font par ondes hertziennes. À quel moment devons-nous changer notre approche?

Nous ne sommes pas les seuls à nous poser ces questions. Mais nous sommes différents.

Nous sommes différents parce que les services que nous offrons vont au-delà de simplement offrir ce que le marché ne peut combler. Nous sommes là pour réunir les Canadiens et partager leurs histoires. Nous ne sommes pas là pour simplement maximiser l’argent investi par nos actionnaires – nous sommes là pour créer une conscience à l’échelle nationale.

Et, pendant que tous les morceaux du casse-tête bougent, il faut préparer la prochaine génération de Radio-Canadiens. Je veux vous parler d’Élodie. 23 ou 24 ans, grand sourire, énergique, pleine d’idées, engagée et convaincue de la mission de notre entreprise, chez nous depuis 3 ans. Membre du SCFP, elle était plus récemment dans l’équipe impliquée dans nos grands événements avec la communauté. Je l’ai vu partout. Avec les enfants pendant nos portes ouvertes, dehors lors de la semaine olympique, présente lors de nos émissions de télévision auquel le public est invité. Une personne sur laquelle on espérait bâtir.

Élodie a perdu son emploi le 10 avril. Lorsque nous perdons cette relève, notre avenir est immédiatement fragilisé et notre transformation est d’autant plus difficile à concrétiser.

Au début de l’été, nous commencerons à communiquer les résultats de nos réflexions à l’interne, et prendrons le cap pour 2020. Mais, nous savons que nous ne pouvons pas y arriver seuls.

À compter d’aujourd’hui, nous faisons appel à vous pour planifier notre avenir. Nous allons mettre à la disposition des Canadiens nos plateformes de médias sociaux et nos outils en ligne pour qu’ils puissent s’exprimer sur l’avenir de leur radiodiffuseur public.

Allons-y tout de suite. Prenez votre téléphone intelligent et allez sur cbc.radio-canada.ca/futur (français) et cbc.radio-canada.ca/future (anglais). Dites-nous ce que vous pensez. Dites-nous ce que vous attendez de nous, ce que vous voulez de nous, mais toujours en pensant à l’avenir.

Et, pendant que tout ceci se produit, je dois contenir mes émotions, respecter et sauvegarder le milliard de dollars que nous donnent les contribuables canadiens, mobiliser les Canadiens pour les engager dans une conversation au sujet de CBC/Radio-Canada qui tient compte de nos réalités et s’ancre dans les faits, tout en oubliant jamais d’équilibrer nos budgets.

Aujourd’hui, j’avais comme objectif d’amorcer une conversation à l’échelle nationale sur l’environnement des médias au Canada et notre place dans cet environnement, de vous convaincre de son importance et de l’urgence pour vous d’y participer. Cet écosystème est en pleine transformation. Il faut se donner les outils nécessaires pour en profiter pleinement, comme société.
J’espère avoir réussi!

Cheers!

Merci, thank you.

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