Lettre d’opinion d’Hubert T. Lacroix (Toronto Star) : Défendre l'avenir de CBC/Radio-Canada

25 juillet 2014

Texte traduit de l’anglais

Dans les pages éditoriales de cette publication et dans beaucoup d’autres forums partout au pays, on a écrit beaucoup de choses sur l’avenir de CBC/Radio-Canada. C’est une conversation que non seulement je suis de très près, mais à laquelle j’attache beaucoup d’importance. J’aimerais profiter de cette occasion pour expliquer les raisons de notre démarche.

Le temps est venu de transformer le radiodiffuseur public national. Notre nouvelle stratégie, Un espace pour nous tous, est un plan pour moderniser le radiodiffuseur public et s’assurer qu’il continue de jouer son rôle et de remplir son mandat pour les générations à venir. Elle vise à nous rapprocher de notre auditoire en investissant en priorité dans le contenu et en se concentrant sur la façon dont nous l’offrons. Nous voulons jouer un rôle utile dans le quotidien des Canadiens lorsqu’ils utilisent leur téléphone, lorsqu’ils sont à la maison ou en déplacement. Beaucoup plus présents, beaucoup plus pertinents. Il s’agit d’abord et avant tout de contenu et de livrer le service qui appartient au public et qui vise le public et dont les Canadiens auront besoin demain. Nous ne sommes pas un conservateur de musée. Nous sommes un stimulateur au plan culturel qui se renouvelle et évolue au rythme de la société. C’est ce qu’un radiodiffuseur public moderne devrait être.

Mais la stratégie ne fonctionnera pas si le modèle d’affaires n’est plus valable. Au point où en sont les choses, nous ne sommes pas viables sur le plan financier. En fait, le système de radiodiffusion traditionnel en tant que tel, public et privé, n’est peut-être pas viable. Il faut le réparer.

À l’heure actuelle, 60 pour cent de nos revenus proviennent du gouvernement. L’autre 40 pour cent provient des revenus commerciaux autogénérés (surtout la publicité). Au cours des dernières années, les deux ont diminué. En même temps, comme d’autres radiodiffuseurs et entreprises médiatiques, nous avons dû nous adapter à une industrie qui évolue tous les jours. Cela exige des investissements importants. Mais contrairement aux radiodiffuseurs privés, nous ne pouvons pas attirer des capitaux ni emprunter pour nos flux de trésorerie. Pour investir dans notre avenir, nous devons trouver au sein même de la Société les ressources pour y parvenir. Récemment, cela s’est parfois traduit pas des mesures draconiennes pour équilibrer le budget dans le contexte des fluctuations du marché et d’une diminution du financement public. Cela ne peut pas continuer. C’est simple, nous devons nous transformer ou disparaître. J’ai choisi la première solution.

C’est pourquoi, pour appuyer notre stratégie en matière de contenu, nous avons dû remettre en question notre façon de faire les choses. Notre histoire et notre géographie ont fait en sorte que nous possédons la plus grosse infrastructure de diffusion au monde. Nous n’aurons pas besoin de tout cela pour aller de l’avant. Tout change partout : dans l’industrie et dans le monde. C’est pourquoi chaque élément de la stratégie, que ce soit de réduire la production à l’interne, de réduire notre portefeuille immobilier ou d’éliminer des emplois, a pour but de nous départir des immeubles pour donner priorité à la programmation – non pas d’arrêter d’offrir les services aux Canadiens, mais de modifier la façon dont ces services sont offerts. De façon plus agile, plus rapide. Si nous devons être le radiodiffuseur public dont le Canada a besoin et qu’il mérite, nous devons en priorité nous occuper des enjeux liés à notre viabilité.

Pour être clair, il ne s’agit pas d’un plan pour abandonner la télévision et la radio. En fait, c’est dans la télévision aux heures de grande écoute à CBC et à Radio-Canada que se feront les investissements les plus importants, et nous continuerons de nous appuyer sur le succès incroyable et constant de la radio. Mais le virage vers le numérique et les mobiles est inévitable. Là où ce sera avantageux, comme dans les régions, nous leur donnerons priorité. Là où ils offriront aux utilisateurs une expérience plus enrichissante, nous leur donnerons priorité. Là où ils pourront joindre de nouveaux auditoires plus jeunes, nous leur donnerons priorité. Lorsque les Canadiens seront prêts, nous serons présents pour leur offrir un service, une expertise et un savoir-faire de calibre mondial. C’est quelque chose que j’assume entièrement.

J’assume également entièrement la responsabilité de livrer une stratégie qui vise à réinventer la radiodiffusion publique dans la période très tumultueuse que traverse notre industrie. Shaw, Rogers, Bell Media – toutes ces entreprises ont annoncé une restructuration et des compressions au cours des dernières semaines. Dans les jours qui ont suivi le lancement de notre propre stratégie, la BBC annonçait qu’elle amorçait une transformation vers le numérique en information, en faisant plus de place aux producteurs indépendants et en augmentant son efficacité. Ça vous dit quelque chose?

Il n’y a pas de doute que c’est un tournant pour la radiodiffusion publique au Canada et dans le monde. J’ai le privilège de travailler avec quelques-unes des personnes les plus talentueuses et les plus passionnées au pays, qui, jour après jour, ont à cœur ce milieu de travail. C’est un moment excitant qui nous offre une rare occasion de façonner notre avenir collectif et de laisser notre marque. Je me bats pour que CBC/Radio-Canada ait un avenir plus brillant. J’espère que vous vous joindrez à moi.

Hubert T. Lacroix est président-directeur général de CBC/Radio-Canada

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