Stratégie pour l’avenir en matière d’information - Remarques préliminaires de Jennifer McGuire et de Michel Cormier

28 octobre 2014, Toronto

Remarques préliminaires de Jennifer McGuire et de Michel Cormier au Comité sénatorial permanent des transports et des communications dans le cadre de son étude sur les défis que doit relever la Société Radio-Canada en matière d’évolution du milieu de la radiodiffusion et des communications.

(LA VERSION PRONONCÉE FAIT FOI)

Introduction

Je me présente, Jennifer McGuire. J’assume les fonctions de directrice générale de CBC News et des services locaux, et de rédactrice en chef.

Je m’appelle Michel Cormier, et je suis directeur général de l’Information et rédacteur en chef à Radio-Canada. Nous présenterons nos remarques préliminaires ensemble.

Environnement

C’est le début d’une ère nouvelle pour les citoyens et les consommateurs d’information. Dans les années 1950, lorsque CBC a commencé à produire des nouvelles nationales, le bulletin de nouvelles du soir était la seule occasion de s’informer sur l’actualité à la télévision. À la fin des années 1980, CBC Newsworld, la toute première chaîne d’information continue au Canada, est venue changer la donne. Cela dit, aujourd’hui, la télévision n’est plus qu’un des multiples écrans que peuvent utiliser les consommateurs pour prendre des nouvelles de leur monde. Ils ont accès en tout temps à un téléphone intelligent ou à une tablette, en attendant la prochaine nouveauté technologique du même acabit.

Avec l’émergence des médias sociaux, la fragmentation des auditoires et l’apparition de nouveaux joueurs sur le marché de l’information, nous évoluons dans un environnement plus complexe, où la concurrence est plus vive que jamais. Dans cet environnement, une information non confirmée peut devenir virale, l’opinion occupe de plus en plus de place dans le secteur de l’information, et n’importe qui peut s’improviser journaliste et publier du contenu sur Internet.

Cette situation présente des défis et des possibilités pour CBC/Radio-Canada. Tout d’abord, en raison de l’explosion de l’univers numérique, le cycle des nouvelles tourne de plus en plus vite. Le concept de l’information continue, accessible jour et nuit, est déjà dépassé. Nous devons maintenant offrir une couverture à la seconde. Nos journalistes publient leurs primeurs sur Twitter et dans d’autres médias sociaux avant même d’aller en ondes, à la radio ou à la télévision.

À l’ère du choix, nous constatons également que la marque et les valeurs comptent. La semaine dernière, lors de l’attaque à Ottawa, les Canadiens se sont tournés vers CBC/Radio-Canada pour obtenir de l’information fiable provenant d’une source digne de confiance. En fait, la couverture de CBC a même fait les manchettes dans plusieurs publications aux États-Unis, qui l’ont citée en exemple. Et c’est vrai pour toutes nos plateformes.

Nous réévaluons constamment nos stratégies numériques afin de toujours être au fait de l’évolution des modes de consommation des nouvelles.

La télévision et la radio continuent tout de même d’occuper une grande place dans nos activités. Nous devons être aussi pertinents sur l’écran plasma familial que sur le petit écran du téléphone intelligent. Pour ce faire, nous devons offrir des contenus complémentaires sur nos différentes plateformes, tout en tenant compte des habitudes de consommation des auditoires.

Nous devons rapporter rapidement les nouvelles de dernière heure sur Twitter et sur nos chaînes d’information continue, et inclure dans d’autres émissions des reportages fouillés sur des sujets d’actualité. C’est sur ce terrain que s’illustre le radiodiffuseur public par sa pertinence et son importance pour les Canadiens. Et il doit s’acquitter de cette responsabilité malgré les difficultés financières et économiques.

Valeurs de la radiodiffusion publique

À CBC/Radio-Canada, nous avons l’obligation, dans ce nouvel environnement plus compétitif et complexe, de rester fidèles aux valeurs journalistiques qui sont celles d’un diffuseur public. À la différence de médias privés, nous ne répondons pas à des actionnaires mais au public canadien.

Notre guide des normes et pratiques journalistiques est l’un des plus complets et détaillés de l’industrie. Ses cinq grands principes sont l’exactitude, l’équité, l’équilibre, l’impartialité et l’intégrité.

Notre mission, telle que nous la définissons, est de servir l’intérêt public. Cela signifie notamment informer, révéler, contribuer à la compréhension d’enjeux d’intérêt public et encourager la participation des Canadiens à notre société libre et démocratique. Nous nous engageons à refléter la diversité, à maintenir notre indépendance et à agir de façon responsable.

La fidélité à ces valeurs de diffuseur public est d’autant plus importante, à notre avis, que nous vivons maintenant dans un monde où, grâce aux médias sociaux, les rumeurs et les opinions inondent la sphère publique. À première vue, on pourrait penser que cela est un handicap pour CBC/Radio-Canada. Certains de nos compétiteurs, après tout, ajoutent du commentaire et de l’opinion à leur couverture des événements.

Nous sommes plutôt d’avis que ce nouvel environnement justifie l’existence d’un diffuseur public fort. Un sociologue a récemment écrit que CBC/Radio-Canada représente un îlot de crédibilité dans une mer de rumeurs et d’information non vérifiées. Autant le public aime exprimer et partager des opinions sur les événements du jour, autant il veut avoir accès à des sources d’information crédibles qui sauront faire la différence entre les faits et les interprétations. C’est là où nous nous distinguons comme diffuseur public.

Responsabilisation

La relation qu’entretiennent les Canadiens avec les médias a changé. Ils disposent de plus d’options pour obtenir le type de nouvelles qui les intéresse; ils peuvent interagir directement avec les journalistes dans les médias sociaux; et ils peuvent exprimer de diverses manières leurs préoccupations quant à la manière dont nous faisons notre travail.

Dans ces circonstances, CBC/Radio-Canada déploie des efforts sans précédent pour assumer ses responsabilités auprès de ses auditoires et du public en général.

Les Normes et pratiques journalistiques, que nous avons mentionnées, sont au cœur de nos pratiques. Ce guide encadre notre conduite et notre pratique du journalisme.

Nous sommes en outre le seul radiodiffuseur au pays à avoir des ombudsmans. Comme vous le savez, une personne exerce ces fonctions pour les Services anglais, et une autre pour les Services français. Nos ombudsmans représentent le public lorsque ce dernier estime que nous avons mal fait notre travail. Ils appliquent alors les principes établis dans les Normes et pratiques journalistiques pour juger de la situation.

Nous nous efforçons de répondre aux personnes qui soulèvent des problèmes relatifs à nos reportages, surtout si elles croient que nous avons fait une erreur.

Et lorsque nous avons commis une erreur, nous l’admettons, puis nous la corrigeons. Personne n’aime faire des erreurs, mais nous couvrons des milliers de sujets toutes les semaines, et nous comprenons que nous pouvons parfois nous tromper. Nous croyons que lorsque cela se produit, la meilleure réponse est de faire preuve de transparence envers nos auditoires. C’est ainsi que nous gagnerons leur confiance et les traiterons avec le respect qu’ils méritent.

Au cours des dernières années, nous avons créé une politique très complète et volontariste sur les rectificatifs et les mises au point. En cas d’erreur importante, nous rectifions les faits aussitôt que possible, au cours de l’émission ou sur la plateforme même où l’erreur a été commise. De plus, nous prenons toutes les mesures requises pour que l’erreur ne soit pas répétée ou amplifiée.

Parallèlement à notre programmation régulière, nous nous efforçons d’interpeler nos auditoires et de leur montrer comment nous travaillons. Dans cette optique, j’explore, dans mon blogue sur notre site web, toutes sortes de questions liées au journalisme. Nous attirons également l’attention du public sur des débats qui se déroulent à l’interne, et nous expliquons certains de nos choix.

CBC compte également sur les commentateurs les plus dynamiques du pays, ce qui nous permet de prendre part à la conversation sur la place publique, et ce, d’un océan à l’autre.

Tous ces vecteurs d’activités font partie intégrante de notre identité à CBC News. L’intégrité, la transparence et la responsabilisation sont au cœur de tous les services que nous offrons aux Canadiens.

Stratégie pour l’avenir – Services français

Notre grand défi, dans les prochaines années, est de fournir aux Canadiens une programmation d’information qui les éclaire sur les grands enjeux de l’actualité, et ce, sur la plateforme de leur choix et à l’heure qui leur convient.

Cela signifie migrer vers le numérique sans pour autant négliger ce qui fait le succès de notre programmation à la radio et à la télévision.

Le principe qui nous guide dans cette transformation, c’est l’idée toute simple que nous nous devons d’être au service du citoyen. C’est un terme plus riche et plus exigeant que celui du public ou du téléspectateur. Le citoyen a des droits et des devoirs et pour s’en acquitter, il lui faut une information qui lui permette de faire des choix éclairés. C’est le rôle du diffuseur public.

Pour y arriver, nous devons lui fournir une programmation indépendante, originale, et éclairante.

Pour ce faire, nous avons modifié le mandat de nos grands rendez-vous d’information, notamment celui du Téléjournal de 22 heures. Ce n’est plus un bulletin de nouvelles traditionnel mais une émission d’information qui approfondit les enjeux de l’actualité. Nous sommes aussi en train de mettre en place une nouvelle stratégie de couverture nationale que nous avons intitulée Raconter le pays. L’idée est d’aller au-delà d’un reflet régional et d’ancrer en région la couverture d’enjeux nationaux communs à tous nos auditoires. Le troisième élément est de préserver notre présence sur le terrain, ici comme à l’étranger. Notre réseau de correspondants, de Vancouver à Beyrouth, de Moncton à Pékin, est ce qui nous permet de faire du reportage distinctif et de nous assurer que les Canadiens bénéficient d’un regard sur le monde qui leur est propre et qui reflète leurs intérêts et leurs préoccupations.

Nous enrichissons également notre offre en information à l’aide de nos émissions d’affaires publiques, dont la renommée et la popularité ne sont plus à faire. Des émissions comme Enquête, Découverte, La facture, pour ne nommer que celles-là. De plus en plus, elles travaillent de concert avec notre service des nouvelles pour approfondir notre regard sur les événements. À titre d’exemple, deux jours après l’attentat d’Ottawa, la semaine dernière, Enquête nous présentait un dossier complet sur de jeunes djihadistes canadiens qui s’en vont combattre en Syrie. Ils étaient assistés pour l’occasion par notre correspondante à Beyrouth qui a suivi la trace de l’un d’entre eux à partir de la Turquie.

Nous avons recours à nos équipes numériques pour compléter ce qui se veut une offre globale et multiplateforme en information. Nos journalistes web font davantage qu’alimenter notre fil Twitter, ils produisent des compléments à nos reportages télé et radio qui nous permettent d’aller plus loin dans notre couverture.

Stratégie pour l’avenir – Services anglais

À l’avenir, nous allons répondre aux besoins changeants des Canadiens et nous adapter au fil de l’évolution du marché de l’information, tout en assurant la viabilité financière du radiodiffuseur public.

Nous continuerons de privilégier l’intégration et de trouver des moyens de centraliser nos processus pour toutes nos plateformes afin de répondre aux divers besoins de la population avec des ressources limitées. Dans la dernière décennie, nous avons réussi à fusionner les équipes de la radio et de la télévision, du côté anglais comme du côté français, afin d’uniformiser la collecte de nouvelles.

La Stratégie 2020 nous permettra de poursuivre ce travail. Elle accorde la priorité aux plateformes mobiles pour nos services de nouvelles dans les deux langues, tout particulièrement à l’échelle locale, et met fortement l’accent sur le contenu mobile. La télévision et la radio, nos réputées plateformes traditionnelles, demeureront des piliers importants, mais de plus en plus de ressources et de contenus passeront au numérique. Il s’agit du secteur d’avenir.

Accorder la priorité au numérique, cela signifie offrir des services mieux adaptés à nos auditoires, et produire plus de contenus sur demande qui seront accessibles en tout temps plutôt que diffusés uniquement dans un créneau précis, à la télévision ou à la radio.

Cela signifie aussi innover davantage dans nos manières de raconter l’actualité et de mobiliser les auditoires. Dans ce sens, les médias sociaux nous permettront d’engager un dialogue plus participatif avec les Canadiens.

Enfin, cela signifie revoir complètement nos façons de travailler. Nous examinerons tout ce que nous faisons et comment nous le faisons, puis nous prioriserons les pratiques qui constituent une valeur ajoutée et abandonnerons certaines de celles qui sont moins intéressantes.

Pour ce qui est de notre promesse aux Canadiens, nous restons dans les communautés où nous sommes présents, mais nous modifions notre manière d’y offrir nos services. À la radio, nous ne changeons pratiquement rien. Dans les communautés où nous avons une station de télévision, nous garantirons un bulletin de nouvelles d’au moins 30 minutes en début de soirée, et plus dans certains marchés, et nous accentuerons notre présence numérique partout.

Il s’agit d’une petite révolution, mais la promesse de valeur du radiodiffuseur public ne change pas : nous continuerons de produire des contenus exacts et pertinents et d’assurer un équilibre entre le direct et les nouvelles de dernière heure d’une part, et les analyses de contexte qui font la réputation de CBC/Radio Canada d’autre part. Nous continuerons de pratiquer un journalisme original digne des plus grandes distinctions, qui est respecté partout dans le monde et qui constitue une richesse pour les Canadiens.

Plus que tous les autres radiodiffuseurs, nous restons bien ancrés partout au pays, y compris dans le Nord, en particulier dans les régions mal desservies. C’est à l’échelle locale que nous tissons des liens privilégiés avec les Canadiens, et c’est souvent notre programmation locale qui les pousse à découvrir l’ensemble de nos services.

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