Notes d’allocution de Rémi Racine, président du conseil d’administration, au Comité sénatorial permanent des Transports et des communications

10 décembre 2014, Ottawa

Monsieur le président, messieurs les sénateurs, au nom du conseil d’administration de CBC/Radio-Canada, je vous remercie de me donner l’occasion de rencontrer le comité dans le cadre de son examen sur « Les défis que doit relever la société CBC/Radio-Canada en matière d'évolution du milieu de la radiodiffusion et des communications. »

Les membres du conseil d’administration de la Société sont nommés par décret, comme le prévoit la Loi sur la radiodiffusion. Pour effectuer son travail, le conseil s’appuie sur cinq comités : les comités permanents sur la radiodiffusion de langue française et de langue anglaise; le comité des ressources humaines et de la gouvernance; le comité des infrastructures; le comité de planification stratégique et le comité de vérification. Le conseil se réunit environ huit (8) fois par an. Les procès-verbaux de ces réunions peuvent être consultés sur le site web de la Société.

Le conseil est responsable de superviser les activités de la Société. Le conseil approuve le plan d’entreprise de CBC/Radio-Canada, son rapport annuel, ses états financiers et ses plans stratégiques et de gestion, mais il ne participe ni aux décisions de programmation, ni à la gestion des activités quotidiennes du radiodiffuseur public.

Plus tôt cette année, le conseil a approuvé le nouveau plan stratégique quinquennal de la Société – Un espace pour nous tous. Il constitue la réponse de la Société aux défis que pose l’évolution de l’environnement de la radiodiffusion que ce comité a eu pour mandat d’examiner. Ce plan ne prévoit rien de moins que la transformation de la Société. Je tiens à souligner que le comité stratégique du conseil a suivi toutes les étapes du développement de ce plan au cours de réunions tenues régulièrement avec la haute direction de la Société.

Le conseil appuie ce plan parce qu’il ne fait aucun doute que les habitudes des canadiens changent : ils consomment maintenant leurs émissions toute la journée, sur tous les appareils qu’ils possèdent. CBC/Radio-Canada doit changer sa façon de créer et de diffuser ses émissions si elle veut rester pertinente et présente dans la vie des canadiens. Cela signifie mettre davantage l’accent sur le contenu numérique, sans délaisser pour autant les services traditionnels de radio et de télévision. Cela signifie également offrir de nouveaux types de services de manière plus efficace.

À maints égards, la technologie nous a permis de devenir plus efficace. Avec l’automatisation et la technologie, il faut moins de personnel pour produire les émissions de radio ou de télévision. en 2020, la Société comptera 1 500 employés de moins, il s’y fera moins de productions à l’interne et elle diffusera davantage d’émissions produites par des producteurs canadiens indépendants. L’empreinte immobilière de la Société sera plus petite, ce qui lui permettra de concentrer ses efforts et ses ressources sur le contenu que le public consomme, plutôt que sur ses infrastructures. la Société modernise aussi sa façon de fournir des services locaux – à la télévision, à la radio et en ligne – en les adaptant aux moyens que les auditoires de chaque communauté utilisent pour s’informer et en trouvant de nouvelles manières d’échanger avec eux toute la journée. Ces changements ont déjà commencé. La Société annoncera plus en détail sa stratégie pour les nouvelles locales demain.

La transformation que la Société entreprend fera de CBC/Radio-Canada une organisation plus souple et plus agile. Toutefois, l’industrie fait face à un défi beaucoup plus important : Le modèle de radiodiffusion traditionnel au Canada ne fonctionne plus.

Comme le CRTC a pu l’entendre au cours de ses récentes audiences « Parlons télé », les revenus de la télévision généraliste sont en baisse. Le système de radiodiffusion actuel ne soutient plus la création et la distribution du contenu canadien auquel les canadiens s’attendent. Ce problème ne concerne pas seulement CBC/Radio-Canada, mais tout le Canada.

La fragmentation des auditoires canadiens n’a jamais été aussi grande. Depuis 1990, la part du marché publicitaire de la télévision traditionnelle anglophone au Canada a chuté de 25 %. Les radiodiffuseurs privés sont prisonniers d’un modèle qui les oblige à diffuser en simultané des émissions américaines sur des chaînes canadiennes, aux heures de grande écoute, quand la majorité du public regarde la télévision.

Le radiodiffuseur public a un mandat public : il doit contribuer au patrimoine culturel du Canada par la promotion et la création d’émissions qui reflètent et qui mettent en valeur le talent canadien; il doit représenter les canadiens et répondre à leurs besoins, dans les deux langues officielles; il doit aussi les informer, les éclairer et les divertir. Mais cela est de plus en plus difficile lorsque chaque année le radiodiffuseur public est capable d’en faire moins. On continue à faire des gains d’efficience, mais à un moment donné, il devient de plus en plus difficile de trouver des économies. Cela signifie qu’il faudra couper ailleurs, moins d’émissions canadiennes, moins d’épisodes, et plus de reprises.

La Société a proposé quelques pistes de solutions que ce comité devrait étudier.

Premièrement, les radiodiffuseurs généralistes devraient recevoir une compensation des fournisseurs de télévision par câble et par satellite pour le contenu que ces derniers prennent gratuitement pour le revendre aux canadiens. Certains ont prétendu que, dans le cas de CBC/Radio-Canada, cela équivaudrait à un « double financement » en raison des crédits parlementaires que la Société reçoit. Ce qui est faux. Les crédits parlementaires n’ont jamais couvert le coût de tous nos services. Prenez VIA Rail, par exemple. Comme nous, VIA Rail reçoit des crédits parlementaires. Pourtant, personne ne s’attend à prendre le train gratuitement. Actuellement, il y a seulement les chaînes spécialisées qui sont payées pour leur contenu. Ce n’est pas le cas des radiodiffuseurs généralistes. À cela, il faut ajouter le glissement des revenus publicitaires vers les plateformes numériques, ce qui entraîne un déséquilibre qui n’est pas viable.

Deuxièmement, sans financement, il n’y aura plus d’émissions canadiennes de qualité. Les auditoires ne sont pas assez nombreux au Canada pour couvrir les coûts de production de ces émissions. Le fonds des médias du Canada est un outil essentiel pour assurer l’existence des dramatiques canadiennes hautement prioritaires. Le même constat vaut pour les nouvelles. Comme vous l’avez entendu, les nouvelles locales continuent d’être une priorité essentielle pour les canadiens, mais la disparition du fonds pour l’amélioration de la programmation locale s’est traduite par une diminution des ressources pour les nouvelles locales auxquelles les canadiens tiennent tant. La création d’un fonds pour les nouvelles locales, accessible à tous les diffuseurs généralistes, pourrait être une solution.

Les restrictions des dépenses gouvernementales, couplées à un modèle publicitaire qui ne fonctionne plus, posent un défi particulier pour CBC/Radio-Canada. La Société continue de faire ce qu’il faut pour équilibrer son budget, comme il se doit, mais elle produira moins d’émissions canadiennes. L’heure est venue d’avoir une franche discussion avec les canadiens sur les niveaux de financement public pour le radiodiffuseur public. Étant donné sa taille, sa complexité et sa proximité avec les États-Unis, le Canada est l’un des pays qui a le plus besoin de la radiodiffusion publique.

Oui, la Société reçoit un milliard de dollars par an en crédits parlementaires. CBC/Radio-Canada, avec son financement et avec les revenus commerciaux qu’elle génère, fournit des services aux canadiens que personne d’autre ne leur donnerait; par exemple, des services essentiels à la population du nord et des régions éloignées; des services de radio nationaux sans pause publicitaire; une grille d’émissions de télévision très majoritairement canadienne – particulièrement aux heures de grande écoute et qui inclut des émissions rassembleuses. Et les canadiens nous disent qu’ils s’attendent à en avoir plus de la radiodiffusion publique.

Pour être bien clair, je crois que la Société a élaboré un plan solide qui lui permettra de naviguer dans un paysage médiatique mondial en évolution. Si les canadiens en veulent plus, il faudra que les investissements dans la radiodiffusion publique deviennent une priorité.

Merci de m’avoir accordé votre attention. Je serai très heureux de répondre à vos questions.

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