Lettre d'Hubert T. Lacroix au rédacteur en chef du National Post

28 septembre 2015

Vous avez peut-être lu cet article du National Post suggérant que nos journalistes ne devraient pas couvrir la campagne électorale s’il est question de CBC/Radio-Canada. Hubert T. Lacroix a fait parvenir la lettre suivante au National Post le 24 septembre.

Je suis en poste à CBC/Radio-Canada depuis assez longtemps pour être habitué au ton généralement narquois des médias privés dans leurs reportages sur le radiodiffuseur public. Toutefois, je me dois de réagir à l’article de Tristin Hopper intitulé « CBC tries to hide its happy face... ». L’idée même que les journalistes de CBC/Radio-Canada, ou que tout autre journaliste qui se respecte, changeraient leur couverture journalistique en fonction de ce qu’un parti politique promet de faire pour l’entreprise qui les emploie est ridicule.

Nos journalistes se soumettent à des normes rigoureusement strictes dans le cadre de leur travail, peu importe le sujet couvert, parce qu’ils sont au service de l’histoire et du droit du public de connaître les faits exacts. Ils le font en s’appuyant sur les propres normes journalistiques de la Société. Nous avons également deux ombudsmans indépendants qui enquêtent sur les plaintes du public. Quant à nous, comme la plupart des Canadiens, nous sommes tout simplement incroyablement fiers du travail que les journalistes font tous les jours et sur toutes les plateformes.

Nous connaissons tous cependant l’accusation éculée selon laquelle notre couverture est « partiale » (habituellement au détriment de l’opinion défendue par la personne qui fait cette accusation), surtout en période électorale. C’est l'une des raisons pour lesquelles, à chaque élection fédérale, la Société retient les services d’observateurs indépendants qui surveillent le ton et le contenu de sa couverture, en plus d’avoir un point de vue extérieur sur son équité. Vous pouvez en lire plus sur ces observateurs ici.

Pour ce qui est des prétentions de Tristin voulant qu’un parti politique en particulier soit « bon » pour CBC/Radio-Canada, l’important, c’est que tous les partis comprennent les défis que toutes les entreprises médiatiques canadiennes surmontent à l’heure actuelle.

Le fait est – et c’est ce que les dirigeants de nombreuses entreprises médiatiques privées et nous-mêmes disons depuis des mois – que le système canadien de radiodiffusion actuel est brisé. Les revenus publicitaires dont nous dépendons tous sont siphonnés par Facebook et Google (le National Post l’a peut-être aussi remarqué). Dans le cas de la télévision, il y a beaucoup moins d’argent disponible pour créer des émissions canadiennes de qualité. Cette situation est problématique si vous croyez que les histoires à propos de votre pays sont une partie importante de votre culture. Ce problème ne concerne pas seulement CBC/Radio-Canada, mais tout le Canada.

C’est pourquoi je réclame une discussion publique sur l’avenir de la radiodiffusion au Canada. Qu’est-ce que les Canadiens veulent? Combien croient-ils que cela vaut? Qu’est-ce que le gouvernement peut faire pour s’assurer que les objectifs de politique publique sont atteints? J’espère que vous serez d’accord pour dire que ce sont tous les Canadiens qui en profitent quand les médias fonctionnent dans un environnement où leur modèle d’affaires peut soutenir les émissions de qualité et le journalisme de qualité que les citoyens attendent d’eux.

En attendant, nos journalistes continueront de faire leur travail extraordinaire, dans le respect des normes de qualité les plus élevées en matière de reportage et d’analyse. Nous avons de la chance de pouvoir compter sur eux.

Hubert T. Lacroix
Président-directeur général
CBC/Radio-Canada

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