Lettre au comité permanent du patrimoine canadien : Limiter l’accès à l’espace numérique public n’est pas dans l’intérêt du public

21 novembre 2016

L’honorable Hedy Fry
Présidente
Comité permanent du patrimoine canadien
131, rue Queen, 6e étage
Chambre des communes
Ottawa (Ontario) K1A 0A6
Canada

Madame la Présidente,

Depuis plusieurs mois, certains propriétaires d’entreprises médiatiques privées utilisent leurs journaux, leurs plateformes numériques et votre comité parlementaire pour réclamer l’affaiblissement du radiodiffuseur public.

Cette situation est regrettable.

À l’heure où tous les médias du Canada s’efforcent par tous les moyens à s’adapter aux bouleversements qui transforment l’industrie; et à l'heure où les géants mondiaux du numérique envahissent le marché canadien, nous devrions tous nous concentrer sur la façon d’informer les Canadiens avec exactitude sur leur communauté et sur le monde.

Les médias canadiens font face à de nombreux défis, mais le radiodiffuseur public n’y est pour rien. Les grandes entreprises de presse ont choisi de répondre à ces défis en regroupant et en réduisant le contenu offert dans leurs plus petites publications. Cela a fait en sorte que la présence de CBC/Radio-Canada est plus importante que jamais. Alors que votre comité termine son étude sur les médias et les communautés locales, nous croyons important de vous communiquer certains faits.

En plus des crédits parlementaires qu’elle reçoit, CBC/Radio-Canada doit générer des revenus pour lui permettre d’améliorer les contenus et les services que nous offrons aux Canadiens. L’an dernier, nos revenus autogénérés se sont élevés à 600 M$, dont 253,2 M$ provenaient des revenus publicitaires[1]. À peine dix pour cent de ces revenus publicitaires, soit 25 M$, provenaient de l’ensemble des plateformes numériques de CBC/Radio-Canada. Pour mettre ces résultats en contexte, il est intéressant de souligner que la publicité numérique au Canada génère des revenus totaux de plus de 4,6 milliards de dollars par année, dont les trois quarts sont récoltés par Google, Facebook et les Pages Jaunes[2]. Il est difficile de croire, comme certains médias l’ont laissé entendre, que la solution à leurs problèmes est d’empêcher CBC/Radio-Canada de générer ces revenus de 25 M$.

D’autres ont donné en exemple la BBC dont les services en ligne n’affichent pas de publicité. Il n’y a aucune publicité sur les plateformes nationales de la BBC. Le radiodiffuseur public britannique n’en a pas besoin, puisque la redevance qu’il perçoit est six fois plus élevée que celle de CBC/Radio-Canada. Nous sommes fiers de tout ce que nous arrivons à accomplir considérant que CBC/Radio-Canada se classe au 16e rang parmi 18 radiodiffuseurs publics dans le monde pour ce qui est du financement par habitant[3].

Certains sont même allés jusqu’à prétendre que CBC/Radio-Canada « violait » la Loi sur la radiodiffusion publique parce qu’ayant été rédigée avant l’arrivée d’Internet, la Loi ne mentionne pas spécifiquement les plateformes numériques. Notre mandat est de servir les Canadiens. Il nous semble évident que les Canadiens sont plus que jamais présents dans l’univers numérique et s’attendent à y trouver leur radiodiffuseur public.

Comme nous l’avons déjà dit, limiter ce que fait la radiodiffusion publique se traduira forcément par moins de services pour les Canadiens. Cela n’aiderait en rien les entreprises privées à augmenter leurs revenus, pas plus qu’à améliorer la couverture des nouvelles ni à offrir une plus grande diversité de points de vue, surtout dans les plus petites communautés.

Nous sommes impatients de connaître de quelle manière le Comité envisage de s’assurer que les Canadiens ont accès à l’information dont ils ont besoin dans l’univers numérique. Nous croyons fortement que limiter l’accès à l’espace numérique public n’est pas dans l’intérêt du public.

Je vous prie d’agréer, Madame la Présidente, mes salutations distinguées.

Hubert T. Lacroix
Président-directeur général
CBC/Radio-Canada

c. c. Jean-François Lafleur, greffier du Comité


[1] Rapport annuel de CBC/Radio-Canada 2015-2016

[2] Bureau canadien de la publicité Internet (septembre 2016)

[3] Analyse du soutien public accordé à la radiodiffusion publique et aux autres instruments culturels au Canada : Nordicité 2013 p.2

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