Notre raison d’être : aller à la rencontre du public, être à son image et favoriser les échanges

13 septembre 2017, Sinaia, Roumanie

Notes pour une allocution d’Hubert T. Lacroix à la conférence Public Broadcasters International (PBI) 2017 (6e session)

Hubert T. Lacroix, président-directeur général de CBC/Radio-Canada, était invité à participer à deux panels à la conférence Public Broadcasters International (PBI) 2017. Dans le deuxième panel, « Les médias de service public à la défense des valeurs culturelles et de la diversité », Hubert a décrit comment CBC/Radio-Canada va à la rencontre des Canadiens, est à leur image et favorise les échanges, tant avec son contenu que ses effectifs.

(LA VERSION PRONONCÉE FAIT FOI)

Merci de m’avoir invité à discuter avec vous de ce que je considère comme l’une des raisons d’être des médias de service public.

Chaque jour, nous reflétons les valeurs culturelles de nos citoyens : que ce soit dans les histoires que nous leur racontons ou avec les artistes et les créateurs dont nous mettons le talent en valeur. Si nous faisons bien notre travail, chaque citoyen se reconnaîtra ainsi que son pays en nous. C’est de cette façon que nous contribuons à rendre la société plus forte et plus saine. Mais ce n’est pas une tâche facile. Parfois, nous faisons du très bon travail, d’autre fois, nous pourrions faire mieux.

Laissez-moi vous parler un peu de la manière dont nous nous y prenons au Canada et chez le diffuseur public des Canadiens.

Comme vous le savez sans doute, le Canada est un pays très diversifié et très grand. Le Canada est le deuxième pays du monde pour sa superficie. Notre population est de 36 millions d’habitants et nous avons deux langues officielles.

Depuis sa création, le diffuseur public offre ses services dans les deux langues officielles : en français sur Radio-Canada et en anglais sur CBC. Bien que ces services soient de qualité égale, ils s’adressent à deux auditoires très différents, comme en témoigne leur programmation.

Mais servir des auditoires différents ne suffit pas. Notre programmation doit « contribuer au partage d’une conscience et d’une identité nationales ». C’est ce que dit notre mandat, tel qu’il est établi dans la Loi sur la radiodiffusion. Vous avez probablement une obligation semblable dans votre mandat. Voici comment nous remplissons le nôtre.

Nous cherchons des façons de jeter des ponts entre ces deux cultures et de mettre en valeur ce que nous avons en commun. Nos deux services produisent du contenu ensemble, comme des documentaires et des séries, et ce que nous appelons de « grands événements » – des moments qui rassemblent la nation, comme les Jeux Olympiques, ou des événements marquants, comme les célébrations du 150e anniversaire de la Confédération du Canada cette année. En cette époque où il est facile de diviser les gens, ces expériences à partager sont importantes.

Le Canada a un troisième peuple fondateur : les Autochtones du Canada. Notre histoire commune comporte son lot de controverses et de faits peu reluisants. En voici quelques-uns :

  • Les Autochtones représentent 4 % de la population du Canada, mais 25 % de la population incarcérée. C’est un problème.
  • Les revenus des Autochtones sont en moyenne 30 % inférieurs à ceux des non-Autochtones. Pourtant, dans les communautés du Nord du pays, les prix des denrées alimentaires de base sont deux fois plus élevés qu’à Toronto, la plus grande ville du Canada.
  • Enfin, dans un pays qui a les plus grandes réserves d’eau douce de la planète, plus de 90 communautés autochtones n’ont pas accès à l’eau potable.

Depuis des décennies, CBC/Radio-Canada diffuse en huit langues autochtones à travers le Nord du Canada. Ce service est essentiel pour ces populations qui vivent dans des communautés souvent isolées. Mais ce n’est pas suffisant.

Partager une « conscience nationale » signifie aussi que nous avons la responsabilité d’aider les Canadiens à mieux connaître les réalités – bonnes et mauvaises – de la vie des Autochtones du Canada. Nous faisons en sorte que tous les Canadiens puissent apprécier la richesse et la beauté de la culture autochtone, ses artistes et ses créateurs. Nous nous assurons également de recruter des Autochtones au sein de nos effectifs, tant devant la caméra que dans les coulisses. Nous ne nous contentons pas de couvrir les enjeux autochtones, nous intégrons leurs points de vue et leurs expériences dans toutes nos histoires et dans toutes les émissions que nous réalisons chaque jour.

  • Nous avons mis sur pied des programmes de stages pour recruter et former des journalistes autochtones à Radio-Canada et à CBC. Une fois leur stage terminé, un bon nombre de ces jeunes journalistes retournent dans leur communauté et y travaillent comme reporters pour nous.
  • Nous avons lancé une enquête journalistique numérique sur le sort de plus de 300 femmes autochtones portées disparues ou assassinées au Canada. Nous avons lancé une conversation nationale sur toutes nos plateformes, tenu des rencontres publiques et organisé des séances de visionnement en réalité virtuelle pour faire connaître cette terrible réalité dont peu de Canadiens étaient au courant.
  • Nous travaillons aussi avec les anciens pour numériser des milliers d’heures d’archives en langues autochtones. Ces enregistrements très rares témoignent de la vie des Autochtones au Canada et permettent de préserver cette tradition orale. Nous voulons nous assurer que les générations futures pourront y avoir accès et la partager.

C’est le rôle des diffuseurs publics.

Comme vous le savez probablement, le Canada est aussi une nation d’immigrants.

  • Chaque année, 250 000 immigrants choisissent de venir vivre au Canada.
  • Plus de la moitié de la population de Toronto aujourd’hui est née ailleurs qu’au Canada. À Vancouver, 30 % de la population est de descendance asiatique.

Au Canada, nous croyons que cette diversité nous rend plus forts. Toutefois, comme vous le savez, la question de l’immigration peut être une source de divisions. Encore une fois, le rôle d’un média de service public est de s’assurer que toutes les communautés peuvent se voir et s’entendre sur nos plateformes, qu’elles participent pleinement à la vie démocratique du pays, et que tous – les immigrants et les non-immigrants – peuvent voir ce que nous avons en commun.

  • Nous invitons les membres des communautés à participer à nos rencontres éditoriales afin de recueillir leurs opinions sur les sujets que nous couvrons et sur les histoires qui méritent notre attention.
  • Nous mettons en valeur le talent d’auteurs canadiens issus de la diversité dans notre concours littéraire annuel Canada Reads. Jusqu’ici, en 16 saisons, nous avons présenté 80 auteurs et leur œuvre dans le cadre de cette émission populaire.
  • Nous avons fait connaître de jeunes musiciens avec le concours Les héros du piano, qui vise à choisir le pianiste classique amateur favori du Canada. En deux ans, ce sont plus de 530 jeunes musiciens qui y ont participé et 160 000 personnes qui ont voté en ligne pour leur pianiste favori.
  • Nous encourageons de nouveaux cinéastes canadiens à s’exprimer grâce à des initiatives comme le fonds Breaking Barriers de CBC. Nous avons donné 7,5 millions de dollars au cours des trois dernières années pour soutenir des projets scénarisés ou réalisés par des créateurs sous-représentés au cinéma : des femmes, des Autochtones, des membres des minorités visibles et des personnes handicapées.

En tant que média de service public, nous nous assurons de refléter réellement notre pays. Notre vision de la diversité et de l’inclusion est claire : notre objectif est d’inclure une gamme de visages, de voix, d’expériences et de perspectives dans nos contenus et nos milieux de travail.

Cette distinction est importante.

La diversité, c’est l’amalgame. C’est ce qui distingue chacun d’entre nous – un éventail d’éléments comme notre origine ethnique, notre sexe, notre mentalité, nos valeurs et notre bagage d’expériences qui forgent nos points de vue. C’est une question de personnes.

L’inclusion, c’est s’assurer que nous travaillons tous bien ensemble, en valorisant nos différences pour en tirer profit. C’est un effort conscient, déployé pour que tous se sentent appréciés, respectés et soutenus. C’est une question de culture.

Il y a deux ans, nous nous sommes donné un objectif ambitieux : que d’ici 2020, un peu plus de 23 % de nos nouveaux employés soient issus de la diversité. Ce nombre reflète la proportion actuelle des talents issus de la diversité dans notre industrie. Je suis fier de dire que l’an dernier, nous avons embauché 150 nouveaux employés issus de la diversité, ce qui représente 23 % de nos effectifs. Dans certains secteurs, comme la radio, cette proportion atteint 50 %.

Nous voulons aussi avoir davantage de personnes provenant de la diversité dans des postes de leadership. Six des huit membres de mon équipe de la haute direction sont des femmes, et la moitié de l’équipe s’affiche comme étant de la communauté LGBTQ. Notre programme de développement des futurs leaders est conçu pour recruter les membres des minorités visibles, les Autochtones et les personnes handicapées qui formeront la prochaine génération de leaders du diffuseur public.

Toutes ces initiatives ne se résument pas à des colonnes de chiffres et à des quotas. Les personnes qui ont des points de vue et un bagage d’expériences différents ne doivent pas servir uniquement à démontrer la pertinence de nos programmes ou « représenter leur communauté ». Nous en avons besoin comme commentateurs et experts sur les grands sujets d’actualité. Nous voulons entendre leur point de vue dans nos réunions de production et nos séances de planification stratégique.

Aujourd’hui, nous sommes plus proches des communautés que nous servons. Nous présentons un éventail beaucoup plus large d’idées et de points de vue. Nous sommes un meilleur diffuseur public.

Aller à la rencontre du public, être à son image et favoriser les échanges. Je crois que c’est de cette façon que les médias de service public pourront soutenir l’expression de valeurs culturelles – et démocratiques – fortes. Et par la même occasion, bâtir une société plus forte et plus saine.

Merci.

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