CBC/Radio-Canada ne coupe pas l’herbe sous le pied du journalisme au Canada; elle veille à sa survie, au bénéfice des Canadiens

3 décembre 2018, Toronto

La semaine dernière, tandis que le PDG de Postmedia déclarait que « tous ceux qui travaillent dans l’industrie du journalisme devraient sauter de joie devant leur établissement en ce moment » [notre traduction], Tristin Hopper, reporter au National Post, réagissait à l’aide gouvernementale destinée à soutenir les organisations médiatiques en blâmant CBC.

« Empêchons CBC de nous couper l’herbe sous le pied, écrivait-il. Cessons de subventionner un concurrent qui fait énormément de mal aux médias imprimés indépendants. » [notre traduction]

Dans tous les pays du monde où il y a un diffuseur public, les médias privés ont déjà prétendu une telle chose. Ils avancent que s’il n’y avait pas de diffuseur public, les citoyens seraient forcés de payer pour leurs nouvelles et tout irait pour le mieux pour les entreprises médiatiques privées, lesquelles récolteraient aussi sans doute tous les revenus publicitaires numériques. Or, cela ne s’est jamais produit. Nulle part.

Dans le cas des journaux, les revenus tirés des petites annonces, des encarts et des publicités ont disparu il y a des décennies au profit du numérique. Aujourd’hui, Google et Facebook récoltent à eux seuls 75 % de tous les revenus publicitaires sur Internet au Canada. Deux géants mondiaux. Ce n’est pas le diffuseur public du Canada qui « fait énormément de mal aux médias imprimés ».

Durant le virage numérique, ces géants ont poursuivi leur croissance et les journaux canadiens ont opté pour la consolidation, ont fermé leurs portes ou ont fait des compressions pour payer leurs dettes découlant d'acquisitions, tandis que nous avons continué de servir les Canadiens et avons atténué les pires conséquences des grands bouleversements qui frappent leurs nouvelles et leur culture.

La radiodiffusion publique a contribué à maintenir les liens entre les habitants de toutes les régions du pays, en leur offrant des choix canadiens pour ce qui leur tient à cœur.: des nouvelles canadiennes dignes de confiance à propos de leur communauté et du monde entier; des services en français et en anglais, ainsi qu’en langues autochtones; des histoires canadiennes; et le soutien offert aux créateurs canadiens. Une étude publiée par Nordicity en 2014 a révélé que chaque dollar investi dans CBC/Radio-Canada générait deux dollars en activité économique pour les Canadiens.

C’est pourquoi nous investissons dans la radiodiffusion publique. Pour les Canadiens. Pour les informer, les éclairer et les divertir, comme le dicte notre mandat. De nombreux États ont reconnu à quel point ce rôle est essentiel.

CBC/Radio-Canada fait tout cela en étant financée par un crédit parlementaire qui, bien que généralement stable depuis deux décennies, n’a cessé de s’éroder constamment en raison de l’inflation. Le Canada arrive en 16e place sur 18 pays de l’OCDE pour ce qui est du financement public de la radiodiffusion publique. C’est pourquoi CBC/Radio-Canada compte aussi sur ses revenus commerciaux à la télévision et sur les plateformes numériques. Sans ces revenus, le manque à gagner se traduirait par moins d’émissions et de services pour les Canadiens.

Soyons clairs. Ce n’est pas en réduisant la taille ou l’influence de CBC/Radio-Canada qu’on aidera les médias privés canadiens à être plus rentables. L’offre de services aux Canadiens ne s’en trouverait pas enrichie, et cela n’améliorerait en rien le journalisme d'ici.

Tristin Hopper prétend que CBC est devenue « le plus grand journal du pays » [notre traduction], une affirmation étrange considérant que son article a été distribué par l’intermédiaire du site web du National Post, ainsi que sur Facebook, Twitter et Reddit. Il a également publié sur YouTube une vidéo exprimant son point de vue. Est-ce que le Post est un journal? Ou est-ce une entreprise médiatique moderne voulant rejoindre les Canadiens là où ils se trouvent?

Les Canadiens ont besoin d’une industrie des médias en santé, qui présente une diversité de points de vue reflétant toutes les régions du pays, tant du côté public que privé. La récente annonce d’une aide gouvernementale peut aider. Nous croyons qu’il est temps aussi pour les entreprises médiatiques canadiennes de commencer à collaborer afin de s’assurer que les Canadiens continuent d’avoir des sources de nouvelles canadiennes malgré le tsunami de contenus étrangers. Au Royaume-Uni, on appelle cela « collaborer pour faire face à la concurrence ». C’est de cette façon que nous servirons les Canadiens. Le diffuseur public ne coupe pas l’herbe sous le pied du journalisme au Canada; il l’aide à survivre, au bénéfice des Canadiens.

HEATHER CONWAY
VICE-PRÉSIDENTE PRINCIPALE, SERVICES ANGLAIS, CBC

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