Interview avec Kirk LaPointe

24 février 2011 – L’évaluation du travail journalistique n’est pas une tâche facile. C’est pourtant ce que doit accomplir l’ombudsman de CBC, Kirk LaPointe qui a travaillé pendant plus de 25 ans comme journaliste pour différents médias. Officiellement en poste depuis novembre dernier, il nous parle de ses nouvelles fonctions.

  • 1. Pourquoi est-ce important d’avoir un ombudsman à CBC?

    Je crois qu’il y a une confiance inhérente de la part des citoyens envers CBC/Radio-Canada et que c’est en grande partie grâce à la qualité de notre programmation. À cette ère du numérique, caractérisée par l’abondance de l’offre médiatique, il est plus important que jamais pour le radiodiffuseur public national de respecter des normes et pratiques journalistiques très élevées et d’affirmer son engagement à cet égard en ayant recours aux services d’ un ombudsman qui voit à l’application de ces normes.

    En tant que société d’État, CBC doit démontrer son engagement soutenu envers la population. C’est ce qu’elle fait en offrant de son plein gré une révision de certaines couvertures d’information. À titre d’organisation financée par les fonds publics, CBC/Radio-Canada a l’obligation de rendre des comptes aux Canadiens et doit s’acquitter de son mandat de façon responsable.

  • 2. Comment faites-vous pour entretenir une relation avec les citoyens?

    Je crois qu’il est important d’utiliser tous les nouveaux outils numériques à notre disposition pour établir un dialogue avec le public. Il est clair que les blogues, Twitter et autres médias sociaux que j’utilise permettent de rendre le processus plus accessible et plus transparent, en plus d’aider à établir une relation avec les citoyens. Ils permettent aussi au public d’exprimer son point de vue. En fait, aujourd’hui, je ne pourrais m’imaginer partager de l’information et entretenir un rapport avec les gens sans ces outils.

    Je tente d’ailleurs de faire savoir aux gens où en est leur demande sur différents médias sociaux et toutes mes révisions se retrouvent en ligne. J’ai même commencé à annoncer ce sur quoi je me pencherai au cours des semaines sur Twitter et Facebook.

  • 3. De quelle manière les médias électroniques ont-ils influencé la façon de faire du journalisme?

    Les médias électroniques ont à la fois facilité et compliqué la tâche des journalistes. Les citoyens désirent une plus grande transparence et je crois que c’est une attente tout à fait légitime à l’ère du numérique. Les gens s’attendent aussi à ce que les journalistes livrent l’information dès qu’elle est disponible. La technologie permet de tout faire cela. Toutefois, les journalistes doivent trouver un équilibre entre la diffusion immédiate de l’information et la nécessité réelle de respecter des normes journalistiques élevées. À cette époque d’abondance de l’information, ces normes comptent plus que jamais.

    Deuxièmement, on se rend compte que les personnes qui constituaient initialement notre auditoire participent, de nos jours, à la création de contenu. La technologie permet donc non seulement d’offrir de l’information supplémentaire rapidement, mais d’en générer de manière non conventionnelle. Cette façon de faire est en train de changer le journalisme en profondeur, principalement grâce à l’apport de perspectives et d’expertises autrefois inaccessibles.

    Finalement, je suis d’avis que la technologie permet de raconter des histoires d’une manière complètement différente. Nous commençons tout juste à comprendre comment exploiter certains éléments bien qu’Internet existe depuis des décennies.

  • 4. Selon vous, quels seront les principaux défis à relever pour les ombudsmans au cours des prochaines années ?

    Je vois plusieurs défis qui représentent aussi des opportunités. En premier lieu, nous devons nous assurer d’utiliser la technologie au profit du bien commun. Nous devons aussi percevoir nos normes journalistiques élevées comme un avantage et non comme un fardeau. Nous devons renforcer les liens avec l’auditoire grâce à notre mandat de service public. Et finalement, nous devons nous assurer que la population connaît le rôle de l’ombudsman et qu’elle a recours à ses services. J’espère d’ailleurs que les technologies nous permettront d’établir un plus grand dialogue avec les Canadiens tout en aidant à réaffirmer notre rôle auprès du public.

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